Dans la partie précédente de notre dossier, nous avons démontrer l'équation qui permet d'estimer le prélèvement de la pêche de loisir à 104 tonnes par an sur la façade Atlantique.
Une estimation consolidée et confrontée aux études officielles
Avant ma conclusion, je me dois de croiser d'autres chiffres. L'étude de 2023 pilotée par FranceAgriMer et la DGAMPA reposant sur un panel de pêcheurs utilisant une application mobile pour déclarer leurs prises conclut à 1,6 million de maquereaux conservés par la pêche récréative toutes façades confondues (FranceAgriMer, septembre 2023). Avec un poids moyen de 0,25 kg, cela représenterait 400 tonnes. En divisant ces 400 t selon deux grandes façades (Atlantique vs Méditerranée), on obtient environ 200 t/an pour l'Atlantique. Nous sommes au-delà de mon estimation. Mais cette étude donne une estimation probablement surévaluée, puisqu'elle extrapole à partir de 3,825 millions de pêcheurs en mer (hors pêcheurs à pied), chiffre discutable au regard d'autres sources comme le GIFAP (mai 2024, 700000 pêcheurs en mer), IFREMER (novembre 2013, 1,319 million de pêcheurs en mer). Il est fort probable qu'un mélange des pêches en mer et en eau douce ait eu lieu. Ce comptage trois fois supérieur aux autres études m'incite à divisé par 3 les prises de maquereaux, ce qui donnerait 67 tonnes. Notre estimation devient plus réaliste, avec une tendance haute.

Les chiffres parlent : la pêche de loisir n'a rien à voir avec le déclin du maquereau
Mettons en perspective les 104 tonnes de maquereaux prélevés par les pêcheurs de loisir en 2025, elles représentent :
- 0,65 % des 16.000 tonnes pêchées par les professionnels en France (Atlantique),
- 0,0138 % des 755000 tonnes pêchées par les professionnels en Atlantique nord-est (UE, Royaume-Uni, Norvège, Islande, Féroé). Autrement dit, à l'échelle européenne, c'est infinitésimal!
- 0,0035 % d'une biomasse estimée à 3 millions de tonnes, soit des millièmes de pourcent !
La pêche de loisir représenterait ainsi, sur la façade Atlantique, 0,65% du quota national professionnel français de 16000 tonnes selon les hypothèses retenues, sans compter les prises rejetées car hors quota ! En effet, le chalutier ne peut pas choisir strictement ses prises et des coups de chalut prennent involontairement du maquereau en excédant, à rejeter. Ces poissons sont souvent rejetés morts, en particuliers quand ils sont écrasés dans les énormes poches des bateaux usines.
L'ordre de grandeur de moins de 1% de la pêche de loisir est ultra minoritaire. La pression principale sur le stock s'exerce à l'échelle industrielle et internationale, notamment en mer du Nord et dans l'Atlantique nord-est où les captures cumulées de certains États ont dépassé les recommandations scientifiques ces dernières années.
Aussi, les deux navires-usines français bien connus auraient disposé de plus de 9000 tonnes de quotas en 2024, captant ainsi 90% du quota attribué à l'organisation FROM Nord, loin devant les pêcheurs côtiers. Rendez-vous compte, les pêcheurs de loisir prélèvent à l'année 2,31% de ce qu'un seul de ces navires prélève ! Et c'est sans parler des navire-usines hors UE.
Un administré m'a confié avec inquiétude le contrôle récent d'un tel navire-usine avec à son bord 120 tonnes de maquereaux. Soit plus que le prélèvement annuel de l'ensemble des pêcheurs de loisir en une seule campagne de chalutage !

Un impact biologique marginal, une mesure illégitime
Maintenant que le stock est dans un état critique, cette répartition de quotas est jugée injuste et destructrice. De plus, les grands navires industriels débarquent souvent à l'étranger, ce qui ne soutient pas l'économie littorale française.
Un quota de 5 maquereaux ne changera rien à la biomasse. Les pourcentages évoqués ci-dessus sont négligeables. Nombreuses sont les bredouilles du bord, et de plus en plus en bateau du fait de la raréfaction de l'espèce, ce dont les plaisanciers font de plus en plus échos sur les pontons. Ainsi, quand le pêcheur a la chance de tomber sur une chasse, il se retrouve sévèrement puni avec l'instauration d'un quota. Désormais, fini les bons coups. La moyenne des maquereaux conservés par sortie va dégringoler et sera au moins divisée par quatre. On peut estimer que les pêcheurs de loisir prélèveront environ 26 tonnes en 2026 si le quota de 5 poissons est appliqué, ce qui représente 1,08% du nouveau quota de 2400 tonnes national. Ce chiffre reste marginal.

1 million de pratiquants et 3 milliards d'économie : un signal politique fort !
C'est un paradoxe économique. La pêche de loisir ne vend pas sa production, mais elle génère entre 3 milliards d'euros de retombées annuelles en France. Carburant, places de port, matériel, entretien nautique, hébergement touristique, restauration, guides professionnels : l'activité irrigue l'économie littorale. Son poids financier dépasse celui des captures qu'elle réalise.
L'analyse factuelle montre donc que la pêche de loisir ne peut être tenue pour responsable de près ou de loin d'une chute massive de biomasse estimée à plusieurs millions de tonnes à l'échelle européenne. La question devient alors celle de la proportionnalité de l'effort demandé.
La mesure produit un effet symbolique fort. Elle inscrit officiellement la pêche récréative dans le champ des acteurs responsables de l'effort de conservation. Le poids réel est bien plus politique que biologique, et les pêcheurs savent le rappeler sur les réseaux sociaux, ce que nous voyons dans l'article suivant de notre dossier.

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