Maquereau : cinq poissons par jour. La pêche de loisir sous quota

Quota 2026 de 5 maquereaux par pêcheur et par jour © Guillaume Fourrier

La pêche de loisir en mer génère entre 1,5 et 2 milliards d'euros par an en France. Elle soutient des milliers d'emplois dans les ports, le nautisme, le commerce d'articles de pêche et le tourisme littoral. Le quota de 5 maquereaux est un nouveau coup dur, et par ailleurs un très mauvais signal politique.

La décision est tombée le 16 février. La ministre de la Mer, Catherine Chabaud, annonce un plafond strict : 5 maquereaux par jour et par pêcheur pour la pêche de loisir.

La mesure s'inscrit dans un contexte tendu. Les quotas européens alloués aux professionnels chutent fortement pour 2026. Dans le même temps, 400 tonnes supplémentaires ont été attribuées aux pêcheurs artisans français, alors que l'enveloppe globale diminue à l'échelle communautaire. Le message politique est clair : protéger la ressource pour éviter l'effondrement du stock, mais avec un deux poids deux mesures persistant.

Mais sur le terrain, la pilule passe mal pour les pêcheurs de loisir.

Un stock sous pression

Le maquereau commun, Scomber scombrus, est une espèce pélagique emblématique de l'Atlantique nord-est. Il fréquente la Manche, la mer du Nord et le golfe de Gascogne. Poisson grégaire, il forme des bancs denses. Sa croissance est rapide et sa reproduction relativement efficace. Pourtant, les scientifiques alertent sur une baisse préoccupante de la biomasse reproductrice du fait de la surpêche de chalutier-usines en mer du Nord en 2025.

Les captures cumulées des flottilles européennes, additionnées aux prélèvements de pays tiers, ont largement dépassé les recommandations scientifiques. Les tensions diplomatiques sont vives. Le quota doit baisser de 70%.

Dans ce contexte, le gouvernement français choisit d'intégrer la pêche de loisir dans l'effort collectif.

Cinq maquereaux : un symbole plus qu'une réelle efficacité

Sur toute la façade Atlantique, la pêche au maquereau relève d'une tradition populaire. Une canne, un train de plumes, un lancer depuis une digue ou un bateau. Le geste est simple, la pêche parfois fructueuse, mais pas toujours. Le maquereau est le poisson vedette du pêcheur débutant.

Les malheureux pêcheurs du bord lourdement pénalisés
Les malheureux pêcheurs du bord lourdement pénalisés

De nombreux pêcheurs dénoncent une « sanction collective ». Ils rappellent que la pêche de loisir ne représente qu'une fraction des captures totales. Ils soulignent aussi la dimension culturelle de cette pratique. Pour beaucoup, le maquereau grillé au retour de pêche fait partie de l'ADN de la pêche de loisir.

Sur le plan biologique, l'impact réel de cette limitation dépendra du respect de la règle et du volume global des captures récréatives. Les estimations varient. En France, la pêche de loisir, comme son nom le laisse immaginer, prélève une partie négligeable du cheptel global de maquereaux. Les gros chalutiers prélèvent plusieurs dizaines de tonne par trait de chalut. La pêche de loisir et la pêche professionnelle artisanale vont subir les conséquences d'une pêche intensive. On se trompe de cible.

Les professionnels entre soulagement et inquiétude

Ceci dit, les pêcheurs artisans obtiennent 400 tonnes supplémentaires pour 2026. Une bouffée d'oxygène dans un climat morose. Ce bonus est attribué pour tenir compte de la forte pression économique induite par la réduction globale des quotas européens. Mais c'est fermer les yeux sur l'impact de la mesure sur la pêche de loisir.

La pêche de loisir en mer représente un secteur économique discret, mais puissant. Elle ne se mesure pas en tonnages débarqués. Elle se mesure en dépenses diffuses, en emplois indirects et en activité portuaire.

Un très mauvais signal politique envoyé aux pêcheurs de loisir

Les enquêtes nationales estiment à 2,5 à 3 millions le nombre de Français pratiquant la pêche maritime de loisir, du bord ou en bateau. Tous ne pêchent pas régulièrement. Tous ne prennent pas du maquereau. Mais la base reste large. Elle irrigue l'ensemble du littoral.

La pêche de loisir représente un poids économique et politique important
La pêche de loisir représente un poids économique et politique important

Les études IFREMER et FranceAgriMer convergent :
la pêche de loisir en mer génère entre 1,5 et 2 milliards d'euros de retombées économiques annuelles.

Ce chiffre intègre l'achat de matériel (cannes, moulinets, leurres, lignes, appâts), l'entretien et les équipements des bateaux, le carburant, les places de port, les hébergements touristiques, la restauration, le transport, les guides de pêche et leurs sorties encadrées.

Le simple poste "bateau" pèse lourd. Un plaisancier-pêcheur consomme carburant, assurance, maintenance et accastillage. Chaque euro dépensé circule dans l'économie littorale.

La pêche de loisir structure l'activité de centaines de ports de plaisance. Elle dynamise les chantiers navals, les shipchandlers, les détaillants spécialisés et le tourisme côtier.

Dans certaines communes, les pêcheurs de loisir prolongent la saison touristique au printemps et à l'automne. Ils occupent les locations hors juillet-août. Ils fréquentent les commerces locaux.

Impact de ce quota de 5 maquereaux sur l'emploi ?

On estime que la filière pêche de loisir en mer soutient plusieurs milliers d'emplois directs et indirects dans le commerce d'articles de pêche, la construction nautique, l'entretien et la réparation, les activités portuaires, les guides de pêche ou encore le tourisme littoral. Le secteur ne bénéficie pas toujours de la visibilité institutionnelle accordée à la pêche professionnelle. Pourtant, son poids économique dépasse largement celui des captures réalisées.

Le maquereau est l'espèce typique du pêcheur débutant et occasionnel, tout un symbole !
Le maquereau est l'espèce typique du pêcheur débutant et occasionnel, tout un symbole !

La pêche professionnelle française en mer représente environ 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel à la première vente. La pêche de loisir, elle, ne vend rien. Mais elle génère davantage en dépenses annexes. Elle fonctionne comme une économie de services et d'équipements.

Une mesure appelée à évoluer ?

La limitation à cinq maquereaux par jour pourrait n'être qu'une première étape. D'autres espèces ont déjà connu des restrictions similaires. Bars, cabillauds ou lieus jaunes ont vu leurs règles évoluer au fil des avis scientifiques.

La question centrale demeure. Comment répartir l'effort de conservation ? Les bruits de couloir portaient à 10 maquereaux par jour. Finalement un bonus de 400 tonnes est offert aux professionnels et le quota final des pêcheurs de loisir est revu à la baisse à 5 maquereaux par jour, parfois un seul coup de ligne.

Préserver sans opposer

La mer n'est pas un tableau Excel. Elle reste un espace de culture, de transmission et de liberté. Mais elle n'est pas inépuisable.

Limiter à cinq maquereaux par jour ne sauvera pas seul le stock de Scomber scombrus. En revanche, la mesure envoie un signal politique fort : chacun doit participer à l'effort. Mais l'effort parait inéquitable.

Une chose est certaine. Sur les digues bretonnes, normandes et ou encore du nord, la saison du maquereau ne sera plus tout à fait la même. Un sentiment d'injustice coule dans les veines des pêcheurs de loisir, en particulier les pêcheurs du bord dont les prélèvements sont insignifiants.

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