Future loi d'urgence agricole : la FNPF alerte sur la protection de l'eau

La FNPF alerte sur le fait que la future loi d'urgence agricole, telle qu'annoncée, risque de fragiliser encore davantage la protection de l'eau et de la biodiversité, en assouplissant les règles au bénéfice de certains usages agricoles et en recentralisant les décisions.

Ce que demande la loi d'urgence agricole

Le Premier ministre prépare une loi dite d'« urgence agricole » pour mars, avec trois volets majeurs : eau, prédation et moyens de production.

Le texte vise notamment à faciliter le stockage de l'eau et à « libérer » des projets hydrauliques agricoles aujourd'hui bloqués par les règles environnementales.

Les inquiétudes de la FNPF

La FNPF souligne que deux textes votés en 2025 (dont la loi Duplomb) ont déjà assoupli les règles de gestion de l'eau au profit de l'irrigation, en introduisant des dérogations liées aux impacts socio‑économiques.

Elle craint une « loi Duplomb bis » : multiplication des dérogations, moratoire sur certaines décisions en matière d'eau et affaiblissement des protections contre les pollutions (notamment les nitrates).

Un état des rivières jugé critique

Moins de la moitié des rivières françaises atteignent aujourd'hui le bon état écologique, en raison des pollutions diffuses (dont celles d'origine agricole) et de l'artificialisation des milieux aquatiques.

Les poissons migrateurs emblématiques comme le saumon et l'anguille sont considérés comme menacés à court terme sans mesures fortes de restauration des habitats et de réduction des pressions.​

Les trois dérives dénoncées

Recentralisation des décisions : la FNPF redoute que l'État reprenne la main sur des décisions jusque‑là discutées dans des instances locales de l'eau (commissions locales de l'eau, comités de bassin), au détriment de la gouvernance de terrain.

Règles communes remises en cause : certaines activités agricoles pourraient bénéficier de régimes dérogatoires (stockage d'eau, nitrates, projets hydrauliques), créant une rupture d'égalité avec les autres usagers et affaiblissant les objectifs environnementaux.

Instrumentalisation dans les négociations internationales : la politique de l'eau risque d'être utilisée comme variable d'ajustement pour améliorer la compétitivité agricole dans le contexte d'accords commerciaux comme Mercosur, au détriment des exigences écologiques.

Ce que propose la FNPF

Renforcer les moyens et l'ambition de la politique de l'eau : plus de contrôles, plus de financements pour la restauration des milieux aquatiques, et une gestion plus économe, responsable et collective de la ressource.

Maintenir et consolider la gouvernance locale de l'eau, en associant usagers, élus, associations et citoyens, plutôt que de concentrer les décisions à l'échelon national ou préfectoral.

« Nous sommes sensibles à la situation des agriculteurs et solidaires de leur souhait
de vivre et produire dignement. Mais nous ne pouvons accepter un modèle politique
qui affaiblirait les normes environnementales indispensables à la santé publique, à
la sécurité civile, à l'eau potable et à la préservation du vivant.
L'eau est notre bien commun le plus précieux. Il mérite plus d'ambition et une
gouvernance responsable, pas des reculs dangereux. » Claude Roustan, président de la FNPF.

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