Un investissement
Cela peut paraître une goutte d'eau dans l'océan : lâcher quelques brochets dans une Seine qui fait près de 800 km de long… Quelles seront les chances de reprise d'un brochet ou d'un de ses descendants ? L'opération a suscité notre curiosité et le mardi 17 février, nous étions au bord de l'eau auprès des bénévoles pour en savoir plus.
C'est l'AAPPMA des Hauts-de-Seine et de l'Ouest Parisien qui était à l'initiative de ce rempoissonnement. En fait, sur la Seine, une soixantaine de brochets de 55-60 cm ont été lâchés. Le gros du déversement s'est fait sur une douzaine de lacs gérés par l'association : brochets, black-bass, tanches, gardons, perches… C'est 1,4 tonne de poissons qui étaient concernés. Coût de l'opération : environ 10 000 euros, financés par la vente des cartes de pêche et une subvention de la fédération interdépartementale. Un bel investissement !

Stratégie
Aux manettes : José Matias, accompagné d'une dizaine de bénévoles. Des jeunes, pour la plupart. Tout a été préparé en amont. "Avant, on se rassemblait en novembre, un samedi, et c'était annoncé en amont, explique José, carnet en mains pour noter et vérifier chaque quantité déversée. On se retrouvait avec des curieux, des berges moins accessibles au camion, des pêcheurs mais aussi des braconniers… Alors on a choisi février, en semaine, c'est plus calme. Et il y a la problématique cormorans… En novembre, ils se rassemblaient autour des lâchers de poissons. Ils mangeaient devant nous ! Alors que là, à cette période, il y en a moins".

Ce décalage, cela pose d'ailleurs un problème à plus grande échelle : les piscicultures françaises voient leurs commandes rassemblées sur février-mars et c'est l'embouteillage pendant la fermeture. L'AAPPMA travaille avec la ferme piscicole de Laval, située en Isère, "c'est loin mais les poissons sont de qualité, il y a quasi zéro mortalité. Il y a des établissements moins loin et moins chers, mais avec des poissons qui viennent en fait de pays de l'est de l'Europe".
En Seine
Trois équipes sont formées : une sur la Seine, une pour les étangs du Bois de Boulogne, une dernière pour les plans d'eau plus éloignés. A 8 h 30, j'embarque sur un bateau-école en face de la Maison de la Pêche et de la Nature, le QG de l'association à Levallois. La Seine est en crue, 1000 m3/s et des berges sous l'eau marron. Les brochets sont dans trois grandes poubelles, un peu agités. Le bateau fait escale sur plusieurs zones et à chaque fois, une dizaine de poissons rejoignent le fleuve. Les amonts des zones d'amortis sont privilégiées : c'est là que se concentre le blanc et les brochets pourront mieux se positionner.

Les poissons n'ont pas été marqués, ils devraient de toute façon bouger. "On a fait pendant trois ans des marquages, mais on a eu seulement deux retours de brochets, avance Damien Bouchon, responsable technique à la fédération de pêche de Paris, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. Sur les carpes, cela a été plus parlant, par exemple on a eu un retour d'une carpe qui a fait quasiment 30 km entre Levallois et Rueil-Malmaison. Une autre a été lâchée sur la Marne à Saint-Maur-des-Fossés, a passé deux barrages et a été reprise un an et demi après son marquage à Paris, au Pont d'Austerlitz. Sur les grands milieux, les poissons relâchés ont l'air de dévaler".

Densité
Difficile de dire si l'un des soixante brochets se retrouvera un jour dans l'épuisette d'un pêcheur. Mais le signal envoyé est fort et l'espoir renaît. C'est en tout cas ce que remarque Damien : "Dans les années 80-90, il y avait quelques prises de gros brochets, mais cela restait très sporadique et on ne voyait pas de signe de reproduction. Depuis moins d'une dizaine d'années, dans nos pêches d'inventaires de suivis piscicoles, dans les retours de captures, cela va nettement mieux. On voit des poissons de reproduction, même si cela ne reste pas suffisant à ce qu'on souhaite en densités de brochets. Sur les biefs du 92, du 93, du 78, depuis trois-quatre ans, il y a des gros qui tombent".
En 2025, un brochet de 117 cm a été pris à Asnières, du bord. Pour ma part, j'ai pris en octobre dernier à Paris intra-muros un brochet de 55 cm, sans le chercher, et j'ai croisé des pêcheurs au big bait qui étaient très confiants dans leur approche.

Retour aux étangs
La Seine ayant accueilli ses nouveaux habitants, je retourne aux étangs et je prends le train en marche. La tournée continue et ce sont d'énormes black-bass et des perches de belles tailles qui rejoignent un plan d'eau de l'Ouest parisien. C'est à deux pas de chez moi et je ne savais pas qu'il y avait une telle population ! "On empoissonne en quantité sur les étangs les plus accessibles donc les plus populaires", glisse José. Certains sites sont plus orientés black-bass ou blanc.

Je laisse les bénévoles s'éloigner, partager un repas chaud avant de continuer les déversements. Quelques passants se seront arrêtés pour poser quelques questions bienveillantes et féliciter l'action de l'AAPPMA. Pas d'anti-spéciste, pas de cormoran : une journée parfaite !

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