Pour le pêcheur, mais aussi géographe que je suis, la compréhension de notre environnement est une des clés de la réussite à la pêche ! Pour chacun de nous, le début de la saison de pêche de la truite est souvent synonyme d'eaux froides, de températures basses, de débits soutenus, de poissons peu actifs voire non mordeurs, …
Or, c'est bien loin d'être toujours le cas en Bretagne ! En effet, un début de saison dans le Finistère peut réserver bien des surprises…
Des montagnes et des tourbières
Il faut connaître la géomorphologie locale pour comprendre le comportement des truites bretonnes.
De nombreux cours d'eau du Finistère Nord puisent leur source dans les Monts d'Arrée, un massif montagneux ancien, qui sépare le département en deux. S'ils culminent à 385 m, ses « sommets » ne sont tout de même pas bien hauts. Les rivières ne bénéficient donc pas de réserves neigeuses pour alimenter leurs cours.
Cependant, ce sont les tourbières des Monts d'Arrée qui alimentent les rivières du Pays de Morlaix, comme la Penzé ou le Queffleuth. Les tourbières sont des zones humides qui fonctionnent comme de gigantesques éponges naturelles. Elles stockent l'eau issue des précipitations et se vident progressivement, au fur et à mesure de la saison. Ainsi, elles garantissent un débit minimal aux rivières finistériennes. Mais ce phénomène seul ne suffit pas à garantir un bon niveau d'eau en l'absence de pluie durable !

La réactivité des rivières aux précipitations
Nul n'est sans savoir que la Bretagne bénéficie d'un climat humide, et ce, d'autant plus en Finistère Nord !
Rappelons ici que les rivières du Finistère Nord sont en réalité des petits fleuves côtiers, d'une longueur rarement plus importante qu'une vingtaine de kilomètres, de la source à l'estuaire.
Ainsi, si elles ne sont pas régulièrement rechargées en précipitations, les niveaux peuvent dangereusement baisser, même en début de saison ! Selon les pluies, les niveaux d'eau peuvent varier à l'échelle d'une journée.
C'est une des raisons pour lesquelles, la rivière Penzé, un de mes terrains de guidage préféré, a la réputation d'avoir un caractère, disons… fluctuant, et les truites avec ! En effet, la rivière peut « gonfler » en quelques heures et presque se « vider » en quelques jours.

S'adapter aux variations
Ainsi, en l'absence de précipitations récentes, les eaux de la Penzé vont rapidement baisser et s'éclaircir.
Il n'est pas ici question de l'étiage estival, qui correspond à l'épuisement lent des réserves d'eau jusqu'à l'été, mais bien de situations qui se présentent fréquemment entre les averses, même dès le début de la saison.
Par instinct de survie, les truites vont rapidement chercher refuge, dans les fosses ou les sous-bordures, en attendant la prochaine averse. Dans ce cas de figure, il devient plus difficile de capturer des poissons et surtout les beaux spécimens, qui se sont octroyé les meilleures caches.
La meilleure option reste le plus souvent pour le pêcheur de se rabattre sur les cours d'eau qui bénéficient d'un bon débit d'eau, soit parce qu'ils sont connectés à de grandes tourbières, soit pour des raisons de surface de bassin-versant.

Un climat qui favorise les phases d'activités précoces
Bien que nous nous trouvions sur un massif granitique favorisant l'acidité de l'eau, comme en Corrèze, le climat finistérien n'a rien à voir avec le climat continental du plateau de Millevaches, qui subit encore à cette période des températures négatives !
En Finistère, la quasi-totalité du territoire de première catégorie bénéficie des influences climatiques maritimes. Ici, on n'est rarement à plus de 20 km de la mer lorsqu'on pêche la truite.
Ces influences maritimes garantissent des températures douces en hiver et au printemps. Ainsi, nous pouvons observer, selon les années, très tôt dans la saison, les premières éclosions d'éphémères de la famille Baetidae.
Et oui, il n'est pas rare d'observer des truites gober dès le mois de mars !

Adapter sa stratégie au fil de la journée
À l'échelle d'une journée, les augmentations de températures vont souvent générer de forts changements de comportement chez les truites.
Aux premières lueurs du jour ou en fin de journée, elles sont très souvent positionnées dans leurs caches ou posées sur le fond, à l'abri des courants.
Dans cette situation, il faudra les chercher en faisant évoluer une nymphe en profondeur. On adaptera le poids de cette dernière à la force du courant. Les truites locales réagissent très bien aux nymphes équipées de billes en tungstène de couleur argent ou cuivre selon la luminosité ou la teinte de l'eau, montées sur des hameçons jig.
Cependant, au gré d'un rayon de soleil, les poissons peuvent décider de s'activer, se déplacer de quelques mètres vers l'amont voire de remonter vers la surface pour tenter de gober de petits insectes à la dérive.
Dans ce cas, la présentation d'une petite olive, d'un sedge, d'une imitation de chironome ou d'un petit diptère pourrait fonctionner !

Une ou deux cannes à pêche ?
Sur les sessions de début de saison, j'utilise deux types de canne à pêche, une canne de 9 à 11 pieds pour la pêche en nymphe et une canne plus courte, de 7 à 9 pieds pour la pêche en sèche. Néanmoins, par économie de matériel, il est tout à fait possible de ne prendre avec soi qu'une canne polyvalente. Dans ce cas, je conseille un montage qui associe une nymphe à une mouche sèche afin de prospecter à la fois sous l'eau et en surface. Pour plus de réussite, il sera préférable, avec cette technique dite du « tandem », de se concentrer sur les pics d'activité des poissons, en milieu de journée.
En conclusion, j'aime dire que le Finistère est un territoire au fonctionnement hydro-biologique réactif, c'est-à-dire où l'eau et la vie réagissent vite !
Ici, les rivières et leurs habitants évoluent en permanence et changent de comportement en très peu de temps. Cela s'explique par notre géographie si particulière. Ainsi, il faut sans cesse observer, s'adapter et se remettre en question pour réussir à décrypter le comportement facétieux des truites autochtones. C'est là tout le plaisir de la pêche !

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