Interview / Lionel Fumagalli, Guide de Pêche : "S'il n'y pas de guidage, il n'y a pas d'entrée d'argent"

© Lionel Fumagalli

Les Moniteurs Guides de Pêche sont un maillon important de l'économie de la pêche en France. Il était essentiel de leur donner la parole en cette période particulière qui les impacte fortement. Peche.com a contacté Lionel Fumagalli, guide de pêche exerçant en région Bourgogne-Franche-Comté.

Bonjour Lionel, avant toute chose, peux-tu te présenter aux lecteurs de Pêche.com ?

Lionel Fumagalli - Bonjour et merci de me donner la parole en cette période difficile pour tous. Je m'appelle Lionel Fumagalli, j'habite un petit village de Franche-Comté et suis guide de pêche depuis trois ans maintenant. Je guide exclusivement en Bourgogne et Franche-Comté. J'ai la chance d'avoir un territoire au réseau hydrographique riche aussi bien en 1ère qu'en 2ème catégorie où toutes les espèces de poissons sont représentées. Cela me permet de m'adapter facilement aux attentes de mes clients, même si mon activité principale reste tout de même la pêche des carnassiers en bateau.

Le confinement ayant été prononcé tard en France, nous avons tous eu le temps de prendre progressivement conscience de la situation. Comment l'as-tu vécu ?

Lionel Fumagalli - La semaine qui a précédé l'annonce du confinement, je travaillais sur le Lac Léman en tant que formateur des futurs diplômés du BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et du Sport). Je n'ai pas anticipé à proprement parler, mais dès le 10 mars, lors des premières annonces, j'ai commencé comme tout le monde à m'inquiéter et j'ai peu à peu pris conscience que c'était probablement la dernière fois que je travaillais sans savoir combien de temps cela durerait, évidemment…

Lionel Fumagalli et un joli sandre de l'hiver 2019

Dès que le confinement a été prononcé comment as-tu réagi ?

Lionel Fumagalli - Au début, j'ai géré les choses au jour le jour, car nous ne savions pas vraiment où nous allions. J'ai commencé par contacter toutes les personnes qui avaient réservé des guidages avec moi. J'en profite d'ailleurs pour remercier ces personnes, car la plupart n'ont pas annulé, mais repoussé ces guidages. J'ai également fait des demandes d'aides à l'État, demandes qui n'ont pas abouti. La situation est difficile à gérer, car nous n'avions que très peu d'information. J'ai bien reçu des mails du Ministère de la Jeunesse et des Sports, mais il s'agissait davantage de mails d'encouragement que de mails m'informant sur ma situation en tant que Moniteur Guide de Pêche.

Par ailleurs, et d'un point de vue plus pratique, cela m'a permis d'avoir le temps, qu'il me manque habituellement, pour préparer la saison. En ayant passé plusieurs heures chaque jour depuis le début du confinement à préparer le matériel, je peux considérer que tout est parfaitement prêt pour la reprise ! (rires)

Et puis j'ai communiqué sur les réseaux pour rester en contact avec les gens qui me suivent.

C'est vrai que le métier de guide de pêche est très chronophage et ne laisse que peu de place à la vie privée…

Lionel Fumagalli - Effectivement, l'aspect guidage pur avec les stagiaires au bord de l'eau ne représente finalement que 50% environ du métier de guide, car il faut considérer les nombreuses heures passées seul en prospection, l'entretien du matériel, l'administratif, etc. Depuis 15 ans je n'avais jamais fait une coupure comme celle-ci avec la pêche en tant que passion. Et cette passion est extrêmement accaparante. Je passe 200 jours par an sur l'eau ! Cette situation m'a donc permis de prendre du recul par rapport à ça et de me reconnecter aux choses essentielles de la vie et de profiter davantage de ma famille, en premier lieu. C'est une conséquence positive de la situation en ce qui me concerne, si je puis dire...

Quelles sont les conséquences directes de la crise pour ton activité ?

Lionel Fumagalli - Comme je le disais, le guidage avec mes stagiaires représente 50% du temps de mon activité de guide, mais 100% de ma rémunération. La situation est donc simple, s'il n'y pas de guidage, il n'y a pas d'entrée d'argent. Et cela fait maintenant 2 mois que ça dure.

Une superbe truite fario

D'ailleurs, une question me vient : guides-tu toute l'année ?

Lionel Fumagalli - La saison classique de guidage pour les carnassiers se calque sur la période d'ouverture qui s'étale de mai à janvier. Je suis d'ailleurs vraiment frustré, car pour la première fois, cette année j'avais réussi à remplir mon agenda pour des prestations pêche au coup, pêche de la carpe, du corégone et de la truite en février, mars et avril qui sont des mois plutôt creux.

Comment envisages-tu l'après-confinement ?

Lionel Fumagalli - Nous voyons le bout du tunnel avec un déconfinement à partir du 11 mai 2020, mais nous restons dans le flou malgré tout, nous, les guides de pêche... J'ai reçu un nouveau mail du Ministère de la Jeunesse et des Sports qui ne parle que de la pêche de loisir et non pas du métier de Moniteur Guide de Pêche. Il n'y a pas d'information claire. Est-ce que j'aurais le droit d'emmener sur mon bateau 2 ou 3 clients par exemple ? Je n'ai aucune réponse par rapport à ça.

Et par ailleurs, la situation dépendra de la manière dont les gens réagiront. Certains voudront certainement en profiter, se faire plaisir, consommer du guidage, et d'autres, pour qui les loisirs ne seront plus la priorité. On verra.

Lionel et une superbe perche prise par un stagiaire au cours de l'hiver 2019

C'est désormais une coutume : aurais-tu un message à faire passer ?

Lionel Fumagalli - Après ce que nous sommes en train de vivre, le retour au bord de l'eau fera le plus grand bien et gardons à l'esprit ces valeurs de plaisir, de partage et de respect que doit véhiculer la pêche. Faites-vous plaisir !

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