Interview / Danny Frigot, détaillant d'articles de pêche : "On va tenter de vivre le déconfinement comme une fête !"

© Danny Frigot

Peche.com a décidé de rendre compte de la réalité des détaillants d'articles de pêche et de leur donner la parole en cette période de confinement. Une façon de recueillir leurs témoignages, de savoir comment ils vivent la situation et de connaître leur vision de ce que sera pour eux la situation à la sortie du confinement. Danny Frigot, gérant du magasin Univers Nature à Cherbourg, est le premier à s'être prêté à l'exercice.

Bonjour Danny, ravi que tu aies répondu positivement à ma demande d'interview. Pourrais-tu dans un premier temps te présenter aux lecteurs de Peche.com ?

Danny Frigot – Bonjour, Je te remercie en retour de m'avoir contacté et de me donner l'opportunité de m'exprimer durant cette période particulière que nous vivons. Je m'appelle Danny Frigot, j'ai 35 ans et je suis gérant du magasin Univers Nature à Cherbourg. Cela fait 15 ans que je travaille dans le milieu de la pêche et depuis 6 ans je suis à mon compte. Je suis également membre du prostaff Illex depuis 12 ans et ancien compétiteur mer pour cette même marque.

Pourquoi cette volonté de te mettre à ton compte ?

Tout simplement parce que je souhaitais mettre en œuvre un projet que j'avais en tête depuis des années. Plus qu'un magasin, je souhaitais créer un véritable espace où tout le monde peut venir partager sa passion. Un bassin de démonstration est accessible en permanence. Il y a également un simulateur de pêche pour tester les cannes, et des vidéos diffusés sur des écrans un peu partout dans le magasin. Je voulais ce côté immersif. Je ne me considère pas comme vendeur, mais plutôt comme un conseiller qui partage sa passion avec ses clients au quotidien. Cela fait maintenant 6 ans que cela fonctionne. Les clients sont plutôt réceptifs, c'est donc que le concept est bon.

Entrons maintenant dans le vif du sujet. Peux-tu nous parler de ta réalité de détaillant ? Quelle était-elle avant le confinement ?

Ma réalité a été assez compliquée ces dernières années, car en tant que détaillant situé à Cherbourg, je m'adresse majoritairement (plus de 90%) à des pêcheurs en mer. Pendant trois années consécutives, qui correspondent à mes trois premières années d'activité en tant que gérant, nous avons dû faire face à des directives européennes très restrictives visant à préserver le bar. Il y a eu la mise en place de périodes d'ouverture et de fermeture de la pêche du bar, que nous-mêmes réclamions afin que les poissons puissent se reproduire tranquillement, et la mise en place de quotas. Nous sommes alors passés d'un stade où les pêcheurs de loisir avaient le droit de pêcher et de prélever sans limite à une réglementation qui a d'abord imposé un quota de 3 poissons par jour et par pêcheur, puis 1, puis plus rien du tout.

Malheureusement, les pêcheurs de loisir ont été bien plus impactés que les pêcheurs professionnels puisque, grâce à certaines dérogations, ces derniers pouvaient continuer à aller pêcher le bar sur leurs zones de fraie. Dans une région très ouvrière comme la mienne, cela a son importance car si les pêcheurs dépensaient de l'argent dans leur matériel et prenaient du plaisir à pêcher, il y avait cette contrepartie qui consistait à ramener du poisson à la maison. Beaucoup ont alors purement et simplement arrêté de pêcher et les conséquences pour le commerce ont été dramatiques. Depuis l'année dernière, les autorités ont de nouveau donné le droit aux pêcheurs de loisir de prélever jusqu'à 2 poissons ce qui a eu pour effet de relancer le commerce.

On comprend facilement que ce confinement arrive à un moment particulièrement inopportun en ce qui te concerne…

Effectivement… Ce confinement arrive à un moment où l'on se remettait à travailler normalement et de surcroît sur la période qui correspond à la plus forte période d'activité de l'année. On a loupé successivement l'ouverture de la truite à la mi-mars, celle de la pêche en mer en avril et l'ouverture du carnassiers en eau douce fin avril. C'est frustrant, d'autant que nous avons une superbe météo en ce début de saison, c'est un autre paramètre qui a des répercussions sur notre activité, surtout lorsque tu t'adresses principalement à des pêcheurs en mer ! En mer, lorsque la météo est mauvaise, tu n'as pas vraiment de solution de secours, contrairement à l'eau douce où tu peux choisir entre plusieurs types de biotopes. Mais nous allons faire avec, être patients et espérer que ça redémarre rapidement au sortir de cette période.

Comment mets-tu à profit cette période de confinement ?

Tout d'abord, j'en ai profité pour faire ce que je n'ai pas le temps de faire habituellement, comme revoir mon rayonnage, réorganiser le magasin, me consacrer à ma comptabilité. Ensuite, j'en ai profité pour continuer à développer mon site internet, créer mes pages produits, poursuivre mon référencement. En parallèle, je travaille beaucoup sur la communication du magasin en étant très présent sur les réseaux sociaux. Une manière de rester dans la tête des gens, tout en essayant de dédramatiser cette situation en apportant un peu de bonne humeur !

Pourquoi pour un magasin physique, vouloir développer un site internet ?

Dans un premier temps, j'ai voulu ce site, www.univers-nature.net, pour répondre à ma clientèle géographiquement éloignée de mon magasin. J'ai beaucoup de clients dans le sud du département et mon site est une option pour les ravitailler rapidement en matériel lorsqu'ils ont des besoins urgents. Dans un deuxième temps, ce site me sert de vitrine sur internet et me permet de continuer à promouvoir la pêche comme je l'ai toujours fait via les magazines, les réseaux sociaux ou les émissions TV. Pour finir, je dirais que si ma priorité reste que les pêcheurs se rendent chez leurs détaillants, il y a également beaucoup de zones mortes en France où il n'y a plus de magasins. Ce site peut permettre de contenter ces pêcheurs souhaitant des produits et des conseils de qualité.

Comment vois-tu l'après confinement ?

Et bien… On va déjà voir à partir de quand aura lieu cet après, car pour le moment nous ne savons pas où nous allons ! La première question c'est celle-là (rire) ! L'objectif est évidemment de remettre au plus vite les pêcheurs au bord de l'eau. Espérons que la météo sera toujours aussi clémente pour la reprise ! On va tenter de vivre les choses comme une fête !

Et pour le « business » ?

Pour le business, le manque à gagner lié à cette période, qui représente environ un tiers du chiffre d'affaire annuel, ne sera qu'en partie récupéré, nous le savons. Ce qu'il faut faire, c'est rester présent, tenter de sauver les meubles… Si nous rouvrons dans trois semaines, la situation vécue aura été compliquée, mais en se serrant la ceinture on s'en sortira. Plus la sortie de confinement sera retardée, plus les conséquences financières seront importantes et difficilement supportables, clairement.

Un message à adresser à nos lecteurs ?

Où que vous soyez sur le territoire, pensez à vos détaillants et plus largement aux entreprises françaises. C'est peut-être le moment de privilégier le contact humain. D'autre part, je dirais qu'il faut que nous prenions tous notre mal en patience, le plaisir de se retrouver au bord de l'eau n'en sera que plus grand à la sortie de cette drôle de période !

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