Elections, bénévoles : interview de Claude Roustan président de la FNPF

Claude Roustan président de la FNPF © Bensussan Nicolas

À l'occasion des Assises Nationales de la pêche de loisir organisées à Paris les 28 et 29 janvier, Claude Roustan est revenu en exclusivité pour Peche.com sur les points chauds de l'actualité du monde de la pêche. Le président de la FNPF a aussi laissé entendre qu'il pourrait être candidat à sa succession lors des prochaines élections de 2027.

Notre entretien avec Claude Roustan a duré un peu plus de 20 minutes le jeudi 29 janvier pendant les Assises, dans une petite salle à l'écart des débats, en présence d'Adrien Guiset, chargé de communication à la FNPF. Le président était en costume gris, avec un pin's rouge discret, symbole de la Légion d'Honneur. Après quelques mots rajoutés à la main pour peaufiner son discours de clôture qu'il a eu à prononcer après notre entretien, Claude Roustan était prêt.

Quasiment toutes les fédérations étaient présentes à la troisièmee édition des Assises de la Pêche et 18 d'entre elles sont intervenues devant une assemblée de 320 personnes sur le thème commun des bénévoles. Elles ont présenté leurs solutions pour les recruter, et les impliquer mais malgré tout, la baisse des bénévoles semble inéluctable. Comment la FNPF juge la situation ?

La crise du bénévolat ne touche pas uniquement, hélas, le monde de la pêche. Pour autant, on essaie d'y pallier. Je vante souvent auprès des pouvoirs publics que malgré tout, la pêche, c'est 40 000 bénévoles. Des bénévoles qui ont envie de rendre service car ils ont une fibre protectrice des milieux aquatiques. Mais c'est vrai, et on le ressent notamment au niveau de l'investissement administratif pour une AAPPMA, ça devient compliqué. C'est un phénomène qui s'est beaucoup développé après le COVID. Les gens sont maintenant intéressés par une tâche, une fonction, une activité. Ils vont moins s'investir globalement pour gérer l'AAPPMA.

La fédération de pêche de l'Ardèche a présenté une solution qui s'appuie sur une structure privée pour aider les bénévoles. Est ce que le système de bénévolat est encore viable dans le monde de la pêche car les missions sont lourdes et il y a souvent un manque de connaissances…

Toutes les solutions sont bonnes à prendre. J'ai écouté ce qu'a dit l'Ardèche. C'est de bonne volonté, il y a beaucoup d'idées. Est-ce que ça va marcher ? Si ça marche, pourquoi pas, je suis prêt à regarder toutes les expériences qui sont mises en place. Pour autant, et c'est ma fibre personnelle, le bénévolat, c'est comme le militantisme. On a des bénévoles, est-ce qu'ils deviennent militants ? Est-ce qu'on a besoin de bénévoles et de militants ? Moi je pense qu'on a besoin des deux. On a besoin des bénévoles dans les AAPPMA et des militants pour défendre la cause Le bénévole va s'intéresser à un sujet particulier : une restauration de frayères par exemple.

Des spectateurs attentifs.
Des spectateurs attentifs.

Le militantisme va s'intéresser au fonctionnement de son AAPPMA. Je souhaiterai déjà avoir des bénévoles et que les bénévoles deviennent des militants. Notre système associatif pour la gestion de la pêche de loisir est unique en Europe et beaucoup de pays nous l'envient. Aucun chevelu d'un cours d'eau n'échappe au contrôle d'une AAPPMA. L'AAPPMA est la fondation de la structure de la pêche de loisirs. C'est à ce niveau là qu'il faut travailler pour favoriser le bénévolat. Ca implique aussi du lien social, il faut le créer en permanence : on va bosser, mais on va aussi casser la croûte, prendre l'apéro. C'est un sujet d'avenir sur lequel la fédération nationale doit se pencher car c'est vital sur l'avenir de l'organisation de la pêche.

Et 2026 est une année charnière pour les bénévoles car c'est une année d'élection au sein des AAPPMA. La FNPF appelle les pêcheurs à s'engager ? 

Je le fais dans tous mes éditoriaux : engagez-vous, on a besoin de vous. C'est un appel que je lance, on a besoin de vous ! Si on veut garder cette organisation originale, singulière, de la pêche associative, on a besoin de ces bénévoles et de ces militants. Sinon, quand on laisse l'Etat gérer, on sait ce qui arrive… Aujourd'hui on a la chance d'avoir la main. J'ai bâti la structure de la FNPF pour que ce soient les pêcheurs qui aient la main sur leur organisation, il faut la maintenir. C'est un appel que je fais sans cesse, on a besoin de militants pour sauvegarder l'organisation de la pêche associative.

Ensuite viendra 2027 pour les élections dans les fédérations départementales, puis les associations régionales, et enfin, le calendrier n'est pas encore tout à fait établi, ce sera au tour de la FNPF. 2027 c'est demain, est-ce que vous serez candidat à votre succession ? 

Je ne m'interdis rien. Si les conditions sont réunies, si le contexte est aussi favorable qu'il est aujourd'hui, pourquoi pas. Ce n'est pas une question d'âge mais d'envie et de passion. Pour l'instant j'ai toujours envie et je suis toujours passionné [NDLR : Claude Roustan, 76 ans, est président depuis 2003 soit cinq mandats].

On entend sur les réseaux des critiques, parfois même par des pêcheurs influenceurs Elles visent la FNPF, la présidence, est-ce que cela vous touche ? 

Je ne suis pas très touché… On a pris ça un peu en pleine figure, l'évolution des réseaux sociaux. Chacun se défoule… Moi je vois des critiques mais les gens ne me connaissent ni d'Eve ni d'Adam, ils ne savent pas quelle est ma vie, ils s'imaginent que je suis inaccessible… Je vis dans un village isolé des Alpes-de Haute-Provence, où on est 5 habitants l'hiver, j'ai une voiture très modeste, je suis un citoyen lambda, rien de plus qu'ordinaire.

Qu'est ce que je peux faire ? Je ne vais pas répondre à tous ces gens-là, à ceux qui critiquent sans fondement. La FNPF ne fout rien ? Mais les gens ne connaissent pas, ne savent pas comment est organisée la pêche associative. Je ne suis pas président des pêcheurs mais président des fédérations départementales. L'interlocuteur des pêcheurs, c'est l'AAPPMA. C'est elle qui représente ses adhérents !

Prendre le temps de discuter avec les pêcheurs.
Prendre le temps de discuter avec les pêcheurs.

Mais les AAPPMA ont peu de pouvoir pour faire avancer les choses… 

Je suis le représentant des fédérations départementales des pêcheurs. Le pouvoir que l'on a, c'est ce qui nous remonte par notre système démocratique, par les fédérations départementales avec les représentants aux conseils d'administration. On essaye de travailler parce que c'est mon rôle d'être en relation avec les pouvoirs publics, les Ministères, la direction de l'eau, c'est là qu'on essaye de peser et de jouer notre influence.

Mais quand on est une organisation comme la nôtre, on ne gagne pas à tous les coups. Il faut négocier, travailler, insister, mobiliser, se fâcher… Il y a tout ce travail, les internautes ne savent pas tout ce qu'on fait, mais on bosse énormément pour faire évoluer les choses et ce n'est pas simple. Je ne peux pas accepter de lire "la FNPF ne fout rien". Non, la FNPF est sans cesse mobilisée. Je suis sans arrêt en contact avec les Ministères, dans des contextes gouvernementaux difficiles aujourd'hui, ça change beaucoup, le cabinet qui n'est pas d'accord avec la direction de l'eau… on est victimes de tout ça. Mais c'est normal, aussi, en tant que tête de réseau, les gens se disent "mais lui là-haut qu'est ce qu'il fout" ? Il faut l'accepter.

Découvrez la suite de cette interview dans un prochain article où l'on parlera, entre autres, du problème des coromrans et de la pêche de nuit...

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