Paroles de guide 1 - V. De Bruyne : "Le regard sur le métier de Guide de Pêche doit changer"

© Vincent De Bruyne

Peche.com s'est intéressé de près au métier de Moniteur Guide de Pêche à travers une série d'interviews de guides français. Ces derniers nous parlent de leur métier, du regard qu'ils portent sur le guidage en France et de leurs rêves de pêcheur. Pour ce premier épisode de "Paroles de guide", c'est Vincent De Bruyne qui s'est prêté à l'exercice.

Salut Vincent, merci pour le temps que tu accordes à Pêche.com. Peux-tu commencer par te présenter rapidement aux lecteurs ?

Vincent De Bruyne – Je m'appelle Vincent De Bruyne, j'ai 37 ans, j'habite dans la Marne, à Saint Just Sauvage et suis guide de pêche depuis 15 ans. J'ai axé toutes mes études sur l'eau et les poissons. J'ai fait un BTS en aquaculture option "aménagement de rivières" puis une Licence Professionnelle en "Gestion de la ressource en eau", toujours avec une option "aménagement de rivière", puisque mon objectif était de devenir Technicien de rivière. Je suis arrivé au moulin de Sauvage lors de mon stage de technicien de rivière au Syndicat de rivière de Troyes avec Bruno Dubus. C'était lors de ma Licence pro. Après l'obtention de mon diplôme, j'ai trouvé tout ce qui me plaisait au moulin: la rivière comme outil de travail pour le côté technicien de rivière, et aussi comme terrain de jeu pour la pêche qui était ma passion de toujours. J'ai postulé et cela fait maintenant 15 ans que je guide au Moulin de Sauvage, avec au milieu une petite parenthèse Manager/Guide en Espagne, pendant deux ans et demi, dans le fameux centre de l'époque : Pesca Extremadura. A l'heure actuelle, je guide également plusieurs fois par an en Irlande et en Hollande avec Arnaud Brière, sur d'autres destinations eau douce avec la célèbre agence de Sylvain Duvinage, Nomade Pêche, et en Exo avec DHD Laika, entre autres.

Pourquoi être devenu guide de pêche ?

Vincent De Bruyne – Pour être tout à fait franc, c'est un peu le hasard ! C'est une idée qui avait effleuré mon esprit à la suite de mon BTS mais sans plus. C'est vraiment mon arrivée au Moulin de Sauvage en 2006 qui a été le déclic. J'y suis arrivé pour m'occuper de la rivière  et apprendre le métier de guide de pêche avec Laurent Labat, le propriétaire du site avec sa femme Han. Emmener les gens à la pêche était une prestation que proposait le site. Je me suis rendu compte que j'aimais ça ! Cet intérêt pour le guidage n'a fait que grandir au fur et à mesure que le temps passait. S'il avait fallu que tu me poses la question de savoir si je voulais devenir Moniteur Guide de Pêche 15 ans en arrière, je t'aurais certainement répondu "peut-être" ! En revanche, tu me poses la question maintenant, il n'y a plus qu'une seule réponse possible ! (rires).

Quels types de produits de guidage proposes-tu ?

Vincent De Bruyne – Au Moulin de Sauvage nous proposons deux types de produits : la descente des 14 km de rivière privés en canoé à la recherche du brochet. Le concept est simple : le pêcheur est placé à l'avant du canoé et moi je guide le pêcheur et manœuvre le canoé assis à l'arrière. Le pêcheur n'a qu'une chose à faire : pêcher. Mon rôle est de placer le canoé de manière optimale pour aborder les postes.

Le second produit est du guidage en bateau. Dans ce cas nous allons, au choix, sur les lacs de la Forêt d'Orient, du Der, la Seine ou sur des plans d'eau privés à la recherche du brochet et de la perche, les deux espèces les plus représentées dans la région. Sauf demande spécifique d'un pêcheur pour un site ou une espèce précise, mon objectif est d'être toujours au bon endroit au bon moment. C'est donc moi qui propose à mes pêcheurs les secteurs où je les emmènerai pêcher et moins l'inverse. L'idée est vraiment d'optimiser au maximum la réussite de chaque sortie. Mon objectif premier est d'emmener les gens prendre du poisson et non pas de les promener en bateau…

Je comprends bien que pour toi un guidage réussi est un guidage où les stagiaires prennent du poisson…

Vincent De Bruyne – Complètement. J'adhère peu au discours qui veut que même en rentrant bredouilles, les stagiaires ont appris des choses. Lorsque tu ne prends pas de poisson tu n'apprends, à mes yeux, que peu de choses puisque c'est la touche qui concrétise l'action qui te permet de dire si tu as bien pêché ou pas. Il y aura toujours des contre-exemples, ne serait-ce que si tu considères le niveau des pêcheurs qui viennent en guidage. Un pêcheur expérimenté ne viendra pas avec les mêmes attentes qu'un pêcheur qui débute, c'est certain. Ce type de pêcheur peut venir pour observer la manière dont on place un bateau pour aborder un poste, la manière de tenir sa canne ou animer un leurre dans des conditions bien précises, etc. Néanmoins, et comme 80% des personnes qui viennent en guidage souhaitent avant tout prendre du poisson, ma vision des choses est bien celle-ci : plus le pêcheur prends de touches, plus il apprend, plus il a le sourire. Après, bien sûr, même une bredouille enseigne des choses. C'est important, même pour le guide, d'apprendre de ses erreurs. C'est la perpétuelle remise en question, si caractéristique de la pêche, qui permet de progresser !                                                                                                 

Qu'est-ce qu'être Moniteur Guide de Pêche pour toi ?

Vincent De Bruyne – Ah la vache, c'est chaud comme question ! (rires). Être Guide de Pêche c'est avant tout le partage. C'est emmener les gens au meilleur endroit, au meilleur moment et mettre tout en œuvre pour leur faire prendre des poissons. C'est également être disponible pour le pêcheur, être à 100% avec lui tout en sachant s'effacer au moment opportun pour le laisser dans sa bulle profiter du moment. Cela passe par le fait de ne pas pêcher. Pour moi un Guide de Pêche emmène un pêcheur à la pêche, lui dit ce qu'il faut faire mais en aucun cas ne prend la canne en main.

Tu ne pêches en aucune circonstance ? Même lorsque les conditions sont difficiles ou au contraire, lorsque c'est l'euphorie ?

Vincent De Bruyne – Non à 99% ! Exceptionnellement, je prends la canne avec des pêcheurs que je connais très bien, et avec qui se sont créées des affinités, mais c'est tout. J'évite de me retrouver dans la situation où, même sans être meilleur que mes pêcheurs, je fais le gros poisson du jour en ayant pêché qu'une heure sur toute la journée, tu vois ? Le truc que tu ne maîtrises pas, qui est frustrant mais qui arrive souvent ! (rires)

C'est toute l'image du guide que je n'aime pas véhiculer. Je préfère expliquer et que le pêcheur réussisse son action, plutôt que de lui montrer en risquant de lui faire un poisson sous le nez. Après, c'est évident que lorsque tu démarres ton activité de guide sur des secteurs que tu ne connais que partiellement, tu as besoin de pêcher ne serait-ce que pour comprendre plus rapidement ce qu'il faut faire, où et comment. Mais dans ce cas-là, tu y vas avec tes potes !

Que fais-tu lorsque tu ne guides pas ? Tu en profites pour pêcher pour toi ?

Vincent De Bruyne – Globalement, je guide du mois d'avril au mois de décembre sans quasiment m'arrêter. Je passe donc beaucoup de temps sur l'eau. Il y a beaucoup de choses à faire en dehors du guidage pour justement être opérationnel lorsque tu guides ! Dans mon cas, il faut notamment que je m'occupe de l'entretien du site du Moulin de Sauvage avec Han de façon à rendre le site accueillant pour l'arrivée des clients. Par ailleurs, je gère tous les aspects logistiques au jour le jour de façon à ne pas me laisser déborder de manière à pouvoir aller pêcher pour moi les jours où je n'ai pas de pêcheurs, par exemple.

Quel regard portes-tu sur le guidage en France ?

Vincent De Bruyne – Le métier de Moniteur Guide de Pêche ne doit pas être vu comme une activité secondaire, un simple complément de salaire, mais comme une activité principale ! Il s'agit d'un métier qui demande autant de rigueur que n'importe quel autre métier ! Tout ton matériel doit être opérationnel, ton bateau doit être propre, tu dois être ponctuel, sérieux et je le répète, très rigoureux ! Le métier de guide est une prestation de service comme une autre, avec une vraie valeur ajoutée pour le pêcheur. Il n'est pas normal de voir des guides s'installer et proposer des guidages à 150€ ou 200€ par jour en bateau. A mes yeux, être Moniteur Guide de Pêche est un métier qui doit être reconnu comme tel en France. Un métier à 100%, grâce auquel on peut vivre 12 mois de l'année. Il ne vient pas à l'idée, dans d'autres corps de métier, de travailler pour rien. Pourquoi ce serait le cas dans la pêche ?

Effectivement, vous pouvez vous retrouver dans des situations inconcevables pour n'importe quel autre métier…J'ai l'impression que vous pâtissez du fait que votre métier est également une passion, non ?

Vincent De Bruyne – Exactement ! Ce n'est pas parce qu'il s'agit d'une passion que cela donne le droit de faire n'importe quoi. Si je prends l'exemple de l'équitation qui est également une passion, toutes les personnes qui évoluent dans ce milieu de manière professionnelle, gagnent leur vie. Le football, sans parler des stars, est un autre exemple. La pêche est une passion et une passion professionnelle pour certains. Le regard porté sur notre activité doit changer. Et lorsque je dis ça, je ne parle même pas des clients qui viennent en guidage car j'ai vu leur vision sur le métier évoluer énormément en 15 ans. Par rapport à mes débuts en 2006, les gens ont beaucoup plus le réflexe de faire appel à un Moniteur Guide de Pêche. Lorsque je parle de regard, je parle d'un regard plus général que cela, qu'au sein du domaine de la pêche, déjà, le regard porté sur l'activité soit plus professionnel.

D'autre part, et même si l'on considère que nous n'avons pas forcément les mêmes avantages en fonction de nos situations géographiques, je pense qu'il y a largement possibilité de vivre du guidage en France. Après, c'est comme n'importe quel métier, il ne faut pas avoir peur de se déplacer. La France possède une façade maritime énorme, un réseau hydrographique très important, des milliers d'hectares de plans d'eau. Il y a largement de quoi envisager s'installer comme Guide de Pêche et proposer des produits qui permettent d'en vivre.

Nous faisons quand même face à une problématique en France qui est celle de l'accès relativement limité au réseau hydrographique justement… 

Vincent De Bruyne – Oui et en même temps, à chacun de trouver le bon endroit et de proposer le bon produit. Comme dans n'importe quel secteur d'activité. Je le répète, la pêche est un vrai métier. Ce métier demande de la stratégie et de la réflexion pour créer un produit, comme dans beaucoup d'autres activités. Il n'y a pas plus de place au hasard dans la pêche si l'on souhaite réussir. Je suis convaincu que nous avons le potentiel en France. Je suis originaire de l'Oise et jamais je ne me serais installé comme Guide de Pêche dans l'Oise par exemple. Avant tout, parce que le département ne correspondait pas à ce que je voulais développer comme produit pêche. Le réseau hydrographique de ce département sera peut être plus adapté à un autre guide. Comme je le dis, je suis convaincu que la France à un potentiel hydrographique pas si limité. De gros efforts sont faits. Je pense aux Fédérations de l'Aveyron, de l'Aube, de la Vienne, à certaines AAPPMA qui font tout pour le rendre plus accessible aux pêcheurs et donc aux guides. À chacun de trouver sa manière de l'exploiter !

Quel(s) conseil(s) aurais-tu à donner aux personnes qui souhaiteraient se lancer dans cette aventure ?

Vincent De Bruyne – Ne pas avoir peur de bouger si vous avez réellement la volonté de réussir dans votre métier ! Aussi, il ne faut pas guider sur un milieu spécifique mais sur plusieurs biotopes de façon à être flexible et cela dans le but d'essayer d'être toujours au bon endroit au bon moment. Il faut également garder une vue sur l'étranger. D'une part car cela peut assurer un salaire pendant quelques semaines mais aussi parce qu'il est important de garder un œil sur ce qu'il se fait ailleurs pour rester dans le coup ! Il n'y a pas plus formateur pour un guide que d'aller voir comment ça se passe dans les autres camps de pêche. Et pour finir, je dirais que même si nous avons un réseau hydrographique très important en France, il n'est pas aussi riche que dans certains autres pays d'Europe comme l'Espagne, la Hollande, l'Irlande, etc. Aller pêcher des milieux riches en poissons est également très formateur car on n'apprend jamais autant qu'en ayant des touches.

Attends, attends Julien ! Un pote est en train de pêcher au Moulin et il a piqué un joli poisson ! Je le vois de chez moi ! il faut que j'aille l'aider ! Je peux te rappeler dans 5 minutes ?! C'est énorme ! (rires)

5 minutes après…Alors, verdict ?

Vincent De Bruyne – Un joli poisson de 80 + ! Il m'a envoyé un « Help ! » par message pendant que je te parlais. (rires)

Excellent ! Passons à la dernière question : en tant que guide tu es en partie là pour faire rêver les gens, mais en tant que pêcheur qu'est ce qui te fait rêver ?

Vincent De Bruyne – C'est compliqué… J'ai déjà fait pas mal de trucs bien que ce soit en eau douce et en mer…En tant que pêcheur d'eau douce, après avoir guidé en Espagne, en Irlande, en Laponie suédoise, en Hollande, être allé pêcher les brochets au Kazakhstan, mon rêve serait d'aller découvrir des grands territoires comme l'Alaska et le Canada, aller pêcher le brochet dans le Grand lac des Esclaves par exemple. C'est quelque chose qui me plairait bien. Mais je crois qu'avant ça, ce que je kiffe le plus, c'est d'aller pêcher ou guider en Exo dès que je peux ! (rires)

Après, en toute honnêté, mon rêve le plus fou : c'est celui que je vis au quotidien depuis que j'ai gouté à la pêche enfant. Ce rêve de pêche que mes parents ont contribué à créer, que j'ai ensuite nourri, construit et qui j'espère, durera encore longtemps !

Merci Vincent pour ce témoignage aussi riche qu'intéressant !

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