Canicule : quand les poissons se retrouvent sous pression !

Une lutte silencieuse
Une lutte silencieuse © Laurent Duclos

Quand les températures grimpent, les effets de la chaleur ne se limitent pas à la surface. Sous l'eau aussi, la canicule impose une pression silencieuse mais redoutable. Contrairement aux mammifères, les poissons ne transpirent pas pour réguler leur température. Ils dépendent entièrement de leur environnement. Et lorsque l'eau se réchauffe, leur équilibre physiologique vacille.

Une eau plus chaude !

Les poissons sont des animaux à sang froid : leur métabolisme suit directement la température de l'eau. Plus celle-ci augmente, plus leurs besoins énergétiques s'intensifient. Résultat, ils consomment davantage d'oxygène.

Le problème, c'est que l'eau chaude en contient moins. Ce paradoxe crée une véritable impasse biologique : les poissons ont besoin de plus d'oxygène au moment même où celui-ci se raréfie. Dans les cas extrêmes, cela peut conduire à des épisodes d'asphyxie.

Plusieurs événements récents en témoignent. Lors des étés caniculaires de 2003, 2018 et 2022, des mortalités massives de truites et d'ombres ont été observées dans de nombreux cours d'eau européens, notamment en France.

Prendre soin des poissons.
Prendre soin des poissons.

Croissance, alimentation : des effets durables

Au-delà de la respiration, la chaleur modifie profondément le fonctionnement des écosystèmes aquatiques. L'alimentation des poissons est perturbée, leur croissance ralentie et leurs cycles de reproduction désynchronisés.

En Méditerranée, les travaux de l'Ifremer ont mis en évidence un phénomène frappant : les sardines ont vu leur taille moyenne diminuer en quelques décennies, passant d'environ 15 cm à 11 cm du fait des modifications du plancton (leur principale ressource alimentaire) et d'un déséquilibre énergétique lié au réchauffement de l'eau.

Chez certaines espèces, les périodes de ponte évoluent également. Ce décalage peut sembler anodin, mais il peut compromettre la survie des larves si leur émergence ne coïncide plus avec l'abondance de nourriture.

Des réactions différentes selon les espèces

Face aux canicules, tous les poissons ne sont pas égaux. Certaines espèces subissent de fortes diminutions de population, tandis que d'autres parviennent à s'adapter… ou à fuir.

Des travaux de modélisation indiquent que les canicules marines peuvent entraîner des migrations importantes vers des zones plus fraîches, ainsi qu'un déclin rapide de la biomasse.

Cependant, le tableau n'est pas uniforme. Une étude publiée en 2023 dans la revue Nature indique que certaines canicules n'entraînent pas systématiquement une baisse globale des poissons de fond dans l'Atlantique Nord et le Pacifique Nord-Est. Certaines espèces résistent mieux, voire tirent temporairement leur épingle du jeu.

S'adapter ou fuir...
S'adapter ou fuir...

Une crise discrète mais bien réelle

Si les effets de la canicule sont visibles sur terre, ils restent souvent invisibles sous l'eau. Pourtant, ils sont bien réels. Pour de nombreuses espèces, ces épisodes de chaleur représentent un stress majeur, affectant leur respiration, leur alimentation et leur reproduction.

Derrière l'apparente tranquillité d'une rivière estivale se cache parfois une lutte silencieuse. Une lutte pour l'oxygène, pour l'énergie, et, à terme, pour la survie.

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