Bonjour Vincent, peux-tu te présenter ?
Bonjour, je m'appelle Vincent Argand, je viens de Saint-Jean-de-Luz au Pays Basque, j'ai 34 ans et je suis guide de pêche depuis 2024.
Peux-tu nous parler de tes débuts en matière de pêche ?
J'ai commencé la pêche par le rodbuilding à l'âge de 6 ans, pendant mes vacances avec mon grand-père. La première étape, c'était de fabriquer sa propre canne en bambou, bien évidemment. Ensuite, sont venus les premiers montages de lignes : le nœud d'hameçon, la bonne plombée et le bouchon qui va bien.
Mon premier poisson a été une perche soleil. Ce n'est peut-être pas le poisson le plus fun à pêcher, mais c'est bien celui-là qui me laisse de très bons souvenirs, partagés avec Papi Roland.
Je tiens à le remercier dans cet article. Il a dû s'armer de patience pour m'expliquer les montages, et aujourd'hui encore, ce sont des souvenirs précieux pour moi.
Entre mes 6 et 14 ans, je pratiquais la pêche essentiellement pendant les vacances scolaires, en Dordogne. C'était la pêche au bouchon, la pêche de la carpe en batterie, des moments simples, mais qui ont énormément compté pour moi.
J'ai toujours été attiré par la barque de mon tonton, qui lui, commençait déjà à pêcher le carnassier. Malheureusement, il me disait toujours que je monterais sur sa barque que quand je serai plus grand. Aujourd'hui, la roue a tourné : c'est moi qui l'emmène à la pêche et qui lui montre certaines choses.

Comment t'est venue l'idée de devenir guide de pêche ?
Après quelques années dans la restauration, j'ai eu envie de changer de voie et j'ai tout quitté pour me lancer dans la pêche professionnelle. J'ai donc passé un diplôme pour devenir matelot de pont, avant d'embarquer sur un bateau, le Samatheo II, qui pêche uniquement le thon rouge à la canne.
Pour moi, c'était un métier de rêve : être payé pour se lever, partir en mer et pêcher des thons rouges au lancer.
Mais il fallait compléter la saison, car cela ne suffisait malheureusement pas. Heureusement, mon patron avait une double casquette : marin-pêcheur, mais aussi guide de pêche. C'est lui qui m'a motivé à passer mon diplôme de guide de pêche afin de travailler avec lui pendant la saison estivale.
Avec le recul, je pense que j'avais aussi besoin du contact humain que je ne retrouvais pas forcément dans la pêche professionnelle. Le fait de pouvoir partager avec d'autres personnes, transmettre et vivre ces moments ensemble, ce sont des choses qui m'animent particulièrement.

Quels types de guidage proposes-tu ?
Je propose trois types de guidages en mer.
Le premier est bien entendu le format initiation à la pêche, surtout dédié aux débutants et aux familles de passage dans notre région. Les initiations durent 3 heures, et nous pêchons essentiellement en verticale sous le bateau des espèces comme le maquereau, le chinchard, la vive ou encore le tacaud, à la mitraillette et au jig.
La deuxième prestation est davantage destinée à une clientèle qui souhaite aller un peu plus loin. On remarque souvent que c'est l'étape qui suit une initiation, car là, on plonge dans quelque chose de plus technique et l'on cible des espèces comme le bar, le maigre ou le pagre aux leurres.
Ensuite, vient la dernière prestation : la pêche du thon rouge sur chasse. Là, c'est le Graal du guidage, partir toute une journée au large pour traquer cette espèce de juin à novembre.
Petit conseil pour les lecteurs : la meilleure période, c'est juin, ainsi que septembre à novembre pour les très gros poissons.
Ensuite, hors saison estivale, de décembre à avril, je propose des séjours en Espagne sur un grand lac de barrage, à la recherche de grands brochets, de sandres et de grosses perches, en kayak à pédales entièrement équipé pour la pêche, avec même la sonde Livescope.
Cette prestation est plus ou moins unique. Elle ne ressemble pas aux séjours que l'on peut voir en Extremadura. Ici, l'expérience est différente : plus sauvage, plus intime, plus authentique. Elle plaît énormément aux pêcheurs en quête de calme, de détente, mais aussi de poissons trophées.

Qu'est-ce qu'être guide de pêche pour toi ?
Certains diront qu'être guide de pêche, c'est la performance. La performance, le résultat, la photo... La belle photo même. Celle qu'on voit sur les réseaux sociaux, avec une très grosse prise, un grand sourire, et ce petit instant figé qui donne envie de réserver sur-le-champ. Bien sûr que cette part-là existe. Bien sûr que les clients cherchent parfois le meilleur guide à travers une image, un poisson, une réputation.
Mais une photo, aussi belle soit-elle, ne raconte pas tout. Elle ne raconte pas l'ambiance sur le bateau. Elle ne raconte pas le partage, l'apprentissage, les conseils donnés au bon moment, les regards, les rires, les petits détails qui font toute la différence. Elle montre un poisson, oui. Mais elle ne montre pas toujours ce qu'il s'est passé autour.
Et pour moi, c'est justement aller bien au-delà de ça. Ce n'est pas seulement faire prendre du poisson. C'est faire vivre un moment. C'est voir mes clients descendre du bateau avec un sourire qui en dit long, des souvenirs plein la tête, et cette envie de revenir. Et le plus beau dans tout ça, c'est de revoir ces mêmes clients l'année suivante. Là, je me dis que je n'ai pas seulement réussi une sortie. J'ai réussi quelque chose de bien plus important.
Être un bon guide de pêche, c'est aussi tout donner pour ses clients, ne pas avoir peur de faire un peu de rab sur une prestation. Par exemple au thon rouge, il arrive parfois que l'activité commence très tard dans la journée, ou même qu'elle ne démarre pas du tout.
Je peux vous assurer que le client se souviendra de ce petit temps en plus, celui qui peut parfois changer une journée entière sans activité. Ce temps supplémentaire montre que vous n'êtes pas simplement un chef d'entreprise qui cherche à faire du chiffre à tout prix, mais plutôt un homme animé par la même passion que ses clients.
Ce serait pour moi l'aboutissement ultime : entendre un jour qu'un enfant que j'ai emmené sur mon bateau est devenu guide de pêche, et me dire que j'y suis peut-être pour quelque chose.

Quelles ont été (ou quelles sont) les principales difficultés que tu as rencontrées en tant que guide ?
La principale difficulté, c'est quand ça ne pêche pas. Dans ces moments-là, il faut encore plus animer la prestation, trouver du rythme, maintenir une bonne ambiance. Au fond, cela fait très mal, car on se remet constamment en question pour essayer d'éviter que cela arrive. Mais malheureusement, c'est aussi la loi de la pêche : tout le monde y passe un jour, et il faut savoir l'assumer jusqu'au bout.
Ensuite, vient la patience, car tout n'est pas rose tous les jours sur le bateau. Il faut parfois gérer des groupes qui n'écoutent pas, qui cassent du matériel malgré les briefings et les consignes répétées plusieurs fois pendant la prestation. Ne pas rentrer dans le conflit reste, selon moi, la meilleure solution. S'adapter au groupe est vivement recommandé, et fait aussi partie du métier.
Et le pire pour moi, c'est d'être obligé d'annuler des sorties à cause d'une météo capricieuse. Certaines personnes attendent ce jour-là depuis plus d'un an, mais parfois, les conditions font que la sortie ne peut tout simplement pas avoir lieu. C'est une annonce vraiment difficile à faire, parce qu'on sait à quel point ce moment était attendu, autant par les clients que par moi.
Que fais-tu lorsque tu ne guides pas ?
Je prends parfois quelques petites vacances pour me reposer, mais j'essaie toujours d'avoir une canne dans mes bagages. Ensuite, l'hiver, qui est la période la plus creuse de l'année, je m'occupe de ma société : l'administratif, la communication, et tout ce qu'il y a à préparer en dehors de l'eau.
J'en profite aussi pour pêcher avec les amis, prospecter de nouvelles zones quand la météo le permet, et préparer mon matériel pour la saison à venir.
Quel regard portes-tu sur le guidage en France ?
Mon regard sur le guidage en France est plutôt positif, même si je pense que cette profession n'est pas toujours reconnue à sa juste valeur. Beaucoup imaginent qu'il suffit d'aller pêcher souvent pour être guide, alors qu'en réalité, c'est un vrai métier, qui demande du temps, de l'investissement, de la patience et beaucoup de sérieux.
Le métier de guide de pêche reste encore peu connu du public. Quand j'en parle autour de moi, beaucoup de personnes ne savent pas vraiment en quoi il consiste.

Quel(s) conseil(s) aurais-tu à donner aux personnes qui souhaiteraient se lancer dans cette aventure ?
J'ai envie d'encourager les autres à vivre leurs rêves. Il n'y a rien de plus important que de se lever le matin en étant heureux d'aller travailler, et de vivre de ce que l'on aime. J'ai enfin pu réaliser le mien, au prix de beaucoup de sacrifices, mais des sacrifices qui en valent la peine.
Repartir sur les bancs de l'école à la trentaine, ce n'est pas facile. Mais en même temps, entreprendre pour devenir guide quand on est jeune est encore plus dur, car c'est une formation exigeante, qui coûte cher financièrement et qui demande beaucoup de résultats.
Alors forgez-vous, apprenez des autres, et ne restez pas enfermés uniquement dans ce que vous connaissez déjà.
Merci beaucoup pour cet entretien Vincent et je te souhaite une excellente saison à venir. Pour celles et ceux qui seraient intéressés par les prestations proposées par Vincent, que ce soit en mer ou en eau douce, je vous invite à visiter son site abyss64.com.

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