Paroles de guide / Milan Ométak : « C'est un métier qui m'apparaissait inaccessible »

Milan est guide de pêche installé dans le Finistère, c'est un spécialiste, entre autres, de la pêche spectaculaire du thon sur chasses. Certaines images risquent de choquer en cette période de repos hivernal alors attention les yeux.

Bonjour Milan, peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Bonjour, je m'appelle Milan Ométak, j'ai 28 ans. Après 20 ans de pêche loisir, je me suis installé en tant que guide en Bretagne depuis maintenant trois ans.

Comment t'est venue l'idée de devenir guide de pêche ?

L'idée est venue à moi et s'est manifestée sans que je ne la cherche vraiment. Bien sûr, en étant passionné de pêche et en aimant partager mes aventures, j'y avais pensé. Mais c'est un métier qui m'apparaissait inaccessible.

Ma première expérience dans le guidage m'est un peu tombée dessus : j'étais au bon endroit au bon moment. À l'époque, je vivais en Nouvelle-Calédonie et j'étais ami avec une personne qui possédait un petit relais et un bateau. Il avait des clients qui lui demandaient des sorties pêche, et c'est comme cela que j'ai fait mes premières sorties. Cela m'a plu tout de suite, j'ai fait cela quelque temps, mais j'avais envie de me rapprocher de ma famille, de mes amis à une période qui était tumultueuse en Europe avec le Covid. Dès mon retour, j'ai eu une opportunité en Espagne que j'ai accepté : j'ai fait une saison en Estrémadure, mais je voulais vraiment vivre et travailler en France hexagonale, alors je suis rentré. Après avoir exercé là où aucun diplôme n'est requis, j'avais besoin de suivre une formation de guide de pêche afin d'acquérir toutes les compétences nécessaires. Je me suis donc inscrit pour un BPJEPS, au centre de formation de Caulnes où j'ai été accepté.

Cette année m'a offert bien plus que le diplôme que je pensais venir chercher initialement. C'est un enseignement de la pédagogie, de la connaissance des publics, de la communication… sublimé par des rencontres dans un milieu où les bons contacts sont précieux.

Quels types de guidage proposes-tu ?

Je suis maintenant installé dans le Finistère et je propose des sorties en bateau dans le secteur de la baie d'Audierne. En début de saison, d'avril à juin, c'est la pêche multi-espèces qui rythme mes journées. Le milieu est très riche et il y a une immense diversité de poissons : saint-pierre, bars, lieus, pagres, chinchards…
À partir de juin, je propose la pêche du requin peau bleue, que ce soit à la mouche ou aux appâts. C'est une pêche techniquement accessible, mais qui permet de prendre des poissons de grande taille.

Puis, de mi-juillet jusqu'à octobre, c'est la saison de la pêche aux thons. Je fais pratiquer cette pêche uniquement sur chasses, au leurre. C'est une pêche très spectaculaire et sportive, ponctuée de temps d'observation et de réflexion ; les journées sont toujours riches en souvenirs.

Ensuite, je pars jusqu'à fin novembre sur l'île de Rügen, en Allemagne, où je propose des guidages au brochet. La pêche se fait en wading, à la mouche ou aux leurres, dans moins de 80 cm d'eau, avec des attaques à vue spectaculaires. On se déplace sur des plateaux d'herbiers de plusieurs centaines d'hectares, avec des zones où abondent des brochets d'une très bonne taille moyenne.

Qu'est-ce qu'être guide de pêche pour toi ?

Pour moi, être guide de pêche, c'est prendre du plaisir à partager sa passion, être capable de le faire avec simplicité, aimer les rencontres et être à l'écoute, car l'apprentissage n'est pas unidirectionnel. Évidemment, c'est connaître parfaitement son secteur de pêche et être à l'aise techniquement, mais ce dernier point n'est pas l'essence même du bon guide. Un guide doit faire transpirer ses convictions à travers ses prestations.

Pêches-tu lorsque tu es en guidage ?

Non, ou alors vraiment exceptionnellement. Il m'arrive de le faire lorsque je ne comprends pas une situation. Par exemple, quand je vois des poissons au sondeur mais qu'ils ne mordent pas malgré des changements de vitesses, de leurres ou de couleurs…
Sur la Baltique, il m'arrive d'essayer aux leurres quand j'ai un groupe de moucheurs, ou à la mouche quand j'ai un groupe de pêcheurs aux leurres.

Que fais-tu lorsque tu ne guides pas ?

Il y a beaucoup à faire pour un guide : le travail n'est malheureusement pas que sur l'eau. Il y a déjà l'entretien et la préparation du matériel, qui sont très importants, surtout pour moi qui pratique en mer et qui attache une grande importance à la sécurité. Il y a aussi la communication, la gestion de l'entreprise, du stock…
L'hiver, je travaille désormais à temps partiel pour la fédération de pêche du Finistère. Je ne m'ennuie pas !

Quel regard portes-tu sur le guidage en France ?

Je répondrai en deux temps, côté mer d'abord. Le littoral français est splendide, riche et offre des paysages variés, tant sur le plan visuel qu'halieutique. C'est donc logiquement que de nombreux guides s'y installent durablement, pour le plus grand plaisir des pêcheurs baroudeurs, qui peuvent naviguer sur tout le littoral avec des professionnels connaissant parfaitement leur secteur.

Côté eau douce, la diversité infinie des milieux est un atout indéniable de notre territoire. De plus, nous avons un loisir ancré culturellement, populaire et accessible. La gestion uniformisée et le travail des associations à l'échelle locale permettent d'accéder à quasiment toutes les eaux du pays. De par cette accessibilité, le pêcheur français s'oriente donc moins naturellement vers un guide. Cependant, l'apparition des nouvelles technologies de sondeurs donne un nouvel élan au guidage en eau douce, et les demandes augmentent. Cette technologie permet également à de nouveaux pêcheurs de se confronter à des poissons trophées sur le territoire français.

Le métier de guide, reconnu par un diplôme d'État, doit être un modèle et constituer un rempart face à l'émergence des associations « animalistes » qui pointent du doigt notre loisir.

Quel(s) conseil(s) aurais-tu à donner aux personnes qui souhaiteraient se lancer dans cette aventure ?

Qu'il est très important de bien définir et de préparer son projet avant même de suivre la formation, et de proposer un produit original pour se démarquer.

Merci beaucoup pour le temps accordé, Milan. C'était un plaisir d'échanger avec toi et je te souhaite une excellente saison à venir.

Pour ceux qui souhaiteraient contacter Milan, voici son site : dernierlancer.com

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