Géopêche, un outil utile pour les pêcheurs

Géopêche
Géopêche

Lancé en 2016, Géopêche s'est imposé aujourd'hui dans le monde de la pêche. Sur votre téléphone, vous pouvez vous géolocaliser et découvrir les parcours autour de vous, mais aussi la réglementation, les réserves, les débits, les dépositaires… Son créateur, Laurent Nison, nous en dit plus.

Géopêche est disponible aujourd'hui dans 56 départements français. "Mais à la fin de l'interview, souriait Laurent Nison lors de notre entretien téléphonique, il y en aura peut-être 57" ! Le principe est simple : Géopêche est une sorte de Google Maps de la pêche, vous avez accès aux différents parcours avec leurs délimitations précises, la réglementation, les mises à l'eau, les magasins, les dépositaires de cartes de pêche, les seuils et autres barrages… En fait, il y a 63 catégories, 63 icônes différents pour bien se repérer et ne manquer aucune information ! Quelques chiffres encore, qu'il faudra donc actualiser sans cesse : 71809 cours d'eau et 8148 plans d'eau sont référencés. Depuis Montpellier, Laurent Nison, le créateur de cet outil magique, nous a tout expliqué !

Le lac de Serre-Ponçon dans les Hautes-Alpes, en vue 3D sur l'application.
Le lac de Serre-Ponçon dans les Hautes-Alpes, en vue 3D sur l'application.

Peche.com : Laurent, comment vous est venu l'idée de Géopêche ? On imagine que cette carte halieutique est sortie droit de l'imagination d'un pêcheur ?

Laurent Nison : "Si je n'étais pas pêcheur, il n'y aurait pas de Géopêche ! Et comme toutes les bonnes idées, elle est venue au bord de l'eau. Au bord de la rivière Corrèze, ou peut-être de la Triouzoune, dans le département de la Corrèze. Nous avions un rituel avec mon frère, mon père et mon parrain, que nous appelons entre nous le "Poilus Fishing Club". Le principe est simple : nous retrouver entre pêcheurs de la famille, une semaine, dans un gîte, on passe douze heures les pieds dans l'eau et le reste à débriefer autour d'une bouteille. Et quand on arrive cette année-là en Corrèze, on est en 2014, on trouve comme souvent dans les gîtes, la petite table avec les fascicules de tourisme, dont le guide de pêche de la fédération de Corrèze, qui était plutôt bien fait, bien détaillé.

56 départements sur 91 sont accessibles.
56 départements sur 91 sont accessibles.

Au centre de ce guide, il y avait une carte qui montrait tout le territoire halieutique de la Corrèze avec les cours d'eau, les réserves, les centres d'intérêt principaux. Mais c'était un petit guide papier, le format de la carte n'était pas gigantesque. Représenter tout un département sur un si petit format, ça ne donnait pas avec grande précision les emplacements des réserves ou des parcours no-kill. Il y avait de minuscules points rouges… Comme il était hors de question pour nous de pêcher hors des clous, j'ai regardé l'arrêté préfectoral. Et là je lis que la réserve 263 commence au pré du Père Louis et finit à la chaussée communale 267 : autant vous dire que si vous n'êtes pas un local de l'étape, vous avez une chance sur deux de pêcher dans la réserve ! C'est là que je me suis dit, étant dans l'informatique, que ce serait cool d'avoir un Google Maps de la pêche, pouvoir zoomer, voir des choses précises… Il y a eu deux ans de développement avant de sortir la V1 en 2016. On en est aujourd'hui à la V12 ! On a un design qui est vraiment le nôtre, qui fait ressortir les rivières, avec une représentation du paysage attractive, et où on peut poser des données avec une précision au mètre près" !

Et du coup la Corrèze était votre premier département test ?

Laurent Nison : "Pas du tout (rires) ! C'est le paradoxe ! A chaque fois que je raconte cette histoire, je cite le département de la Corrèze mais ils n'ont pas Géopêche ! Mais ça viendra ! En fait, il se trouve que j'avais de la famille du côté de Saumur, à Fontevraud, à la frontière entre le Maine-et-Loire et l'Indre-et-Loire. Du côté de l'Indre-et-Loire, il y a une petite AAPPMA locale, que connaissaient mes parents, ils m'ont fait rencontrer le président. J'étais moi-même à cette époque président d'une association de pêche à Montpellier. Donc on discute, je lui parle un peu de Géopêche, et il trouve ça super. Il m'oriente vers la fédération, j'ai rencontré un agent qui est toujours en poste d'ailleurs, Damien Buzance, quelqu'un de fantastique, et un président ultra motivé. En novembre 2016 donc, la fédération de pêche d'Indre-et-Loire a été la première à contractualiser Géopêche ! C'est celle dont je me sers maintenant comme département démonstratif. Petit à petit, d'autres fédérations se sont rapprochées, principalement des départements non réciprocitaires car ils ont une dynamique touristique importante : les Hautes-Alpes, les deux Savoie, ça répondait à leurs besoins. Donc au fil des ans, il y en a eu 2, 3,, 4, 5 et aujourd'hui on en est à 56" !

Vous me disiez que Géopêche en était à sa douzième version, ça a beaucoup évolué, ça ne ressemble plus du tout à la V1 ? On imagine qu'il faut être sur place pour faire les tracés ? Suivre les changements de réglementation chaque année ?

Laurent Nison : "Ça ressemble à la V1 mais en douze fois mieux, j'espère ! Au départ on traçait beaucoup pour les fédérations, mais on s'est aperçus que ce n'était pas le meilleur processus car elles étaient plus performantes en étant des acteurs de terrain. Lors de la création des cartes, on récupère des données, on les retrace proprement de manière à ce qu'elles matchent parfaitement au référentiel hydrographique, et les fédérations ont des outils directement dans l'application pour apporter leur expertise de terrain. Elles ont la main sur 99% des changements. Et au final, il n'y a pas tant de changements de réglementation. Si vous avez 100 réserves de pêche, il y en a 10 chaque année peut-être qui changent ? Ça prend moins de 10 minutes. Les mises à jour se fait facilement et nous on aide les fédérations qui en ont besoin. Il y a des dates qui changent, des parcours qui se créent ou disparaissent, mais ça reste dans une volumétrie acceptable. La preuve : on a des fédérations qui sont là depuis 10 ans et renouvellent chaque année leurs contrats en cours, elles ont le temps et l'énergie pour pouvoir mettre à jour leurs données".

Le compte premium permet d'accéder aux hauteurs d'eau et au debit de la station Vigicrue la plus proche.
Le compte premium permet d'accéder aux hauteurs d'eau et au debit de la station Vigicrue la plus proche.

Il y a beaucoup d'icônes pour les pêcheurs, mais ces derniers peuvent aussi participer ?

Laurent Nison : "On l'a fait progressivement, mais l'idée d'impliquer les pêcheurs qu'on a appelé les Géopêcheurs est venue dès le début. Ils peuvent améliorer la carte par les photos, qu'on modère bien sûr, et sans montrer de poissons car on ne voulait pas que Géopêche devienne un réseau social de la pêche. Les pêcheurs remplissent aussi leur rôle de sentinelles des milieux en remontant les pollutions ou les zones de déchets. Géopêche permet aux fédérations, aux services de l'Etat, à l'OFB, d'intervenir rapidement pour résoudre ces solutions. J'ajoute enfin que les Géopêcheurs peuvent aussi avoir accès un compte premium pour des notes personnelles, ou même tenir un carnet de pêche. C'est un outil important pour les stats (nombre de prises, tailles, heures…) mais ça peut permettre de façon anonyme d'améliorer la connaissance des milieux en matière de population piscicole. C'est un outil important pour l'avenir d'autant plus que l'OFB a reconnu il n'y a pas longtemps que les données de la pêche de loisir sont des données probantes pour l'étude des milieux".

C'est indiscret de demander le coût de Géopêche pour une fédération ?

Laurent Nison : "Je vais vous donner une fourchette. On propose des contrats pluriannuels mais qui sont pluriannuels de principe car aucune fédération ne résilie son contrat au bout d'un an… La première année, on est dans une fourchette de 2500 à 5000 euros HT suivant les quantités de données qu'on a à intégrer au départ. Et le prix médian de l'abonnement, c'est aux alentours de 1500-1600 euros HT par an. Ce n'est pas énorme mais c'est un peu mon historique personnel dans le monde associatif de la pêche, je sais avec qui je travaille, avec des associations, des bénévoles, pas avec des entreprises. On connaît leurs moyens et on voulait que Géopêche soit accessible. On a été en bons pêcheurs de gens patients pour atteindre un seuil de rentabilité".

56 fédérations ont adhéré au projet, qu'est ce qui freine encore les autres à rejoindre Géopêche ?

Laurent Nison : "C'est difficile car on a un autre principe, qui est de ne pas faire de commercialisation. On n'aura jamais de stand dans un salon, une documentation envoyée par courrier, on considère que si les fédérations veulent travailler avec nous, elles sauront nous trouver. Si elles ne sont pas sur Géopêche, c'est peut-être qu'elles n'ont pas les moyens, ou qu'il peut y avoir une dynamique interne qui n'est pas encore en place. Pour nos personnes qui sont souvent d'un âge avancé dans nos fédérations, et je dis ça avec beaucoup de respect, c'est encore un outil moderne, le temps décisionnaire et le temps de l'appréciation ne sont pas les mêmes que nous ! On reçoit beaucoup de mails, des pêcheurs qui veulent Géopêche dans leurs départements ou associations, mais on ne peut pas intervenir. Il y a quand même deux AAPPMA qui profitent de Géopêche, dans la Manche et dans l'Aveyron, à Rodez et Cherbourg, mais ce sont deux exceptions car elles nous ont tellement sollicité à l'époque que nous avions accepté".

Ici, on voit bien une des réserves permanentes du lac du Bourget avec cette indication en légende :
Ici, on voit bien une des réserves permanentes du lac du Bourget avec cette indication en légende : "pêche interdite toute l'année dans la zone à l'arrière de la ligne des pieux en bois".

Dernière question : est-ce que Géopêche peut s'exporter ailleurs en Europe ?

Laurent Nison : "On va d'abord essayer d'arriver à 91 fédérations en France, et d'installer Géopêche comme un standard d'information au service des pêcheurs. Niveau Europe, on a regardé, on y travaille encore, mais c'est plus compliqué. La structuration de la pêche de loisir n'est pas aussi bonne qu'en France. On entend souvent les pêcheurs râler, avec les AAPPMA, les fédérations, il n'y a plus de poissons, vous ne faîtes rien… Mais en attendant, ce monde associatif, qui a des statuts très particuliers, on a beaucoup de chances de l'avoir. Ce n'est pas la même chose en Italie, en Espagne, ou pire en Angleterre où la notion de privée est très importante. On n'a pas de contacts formalisés avec des équivalents de la FNPF dans les autres pays européens car il n'y en a pas. Par contre il y a un pays qui nous titille depuis très longtemps, c'est une question de coeur et de pêche, c'est le Japon Car au Japon, il y a des AAPPMA, qui ne sont pas tout à fait sur le même principe que les nôtres, mais assez proches : des associations rurales qui gèrent des morceaux de rivières et ont besoin d'outils modernes pour exister dans ce beau pays. Et ça nous permettra de voyager" !

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