Rencontre avec Baptiste Thouraud, fondateur de Sico-Lure

Il se définit lui-même comme étant le Petit Poucet, mais sa petite entreprise connaît un véritable succès. Parti de rien il y a bientôt 10 ans, aujourd'hui tout pêcheur de truites aux leurres de l'Hexagone connaît ses produits. Il faut dire que ses poissons nageurs ont vraiment "une gueule" qui les démarque de la concurrence. Rencontre avec Baptiste, le fondateur de Sico-Lure.

Bonjour Baptiste, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je m'appelle Baptiste Thouraud, 29 ans, habitant en Charente depuis toujours avec un petit passage à Bordeaux pour mes études. Je suis pêcheur passionné depuis mon enfance et aujourd'hui fondateur et gérant de la marque Sico-Lure, spécialisée dans la conception de matériels de pêche avec l'objectif de proposer des produits réellement testés, approuvés et efficaces.

Comment la pêche est arrivée dans ta vie et quelle a été ton évolution en tant que pêcheur ?

La pêche est arrivée très tôt dans ma vie, presque naturellement. J'ai grandi au bord de l'eau grâce à mon grand-père, et j'ai tout de suite accroché. Il m'a transmis sa passion, notamment pour la pêche de la truite à la cuillère et au vairon, qu'il pratiquait avec un véritable savoir-faire.

Au début, je l'aidais à prendre des vairons au coup. Puis je l'accompagnais lorsqu'il pêchait au lancer, et cela m'a littéralement fasciné. Je le revois encore lancer sa cuillère exactement là où il le souhaitait. J'ai été immédiatement conquis par cette technique. Il m'a alors prêté son matériel pour que je puisse m'exercer dans un étang situé à deux pas de chez lui.

Mon premier beau poisson aux leurres est d'ailleurs lié à une anecdote assez particulière. Un jour, en allant pêcher cet étang à pied, je vois un cormoran en train d'y chasser. Je fais aussitôt demi-tour, sans bruit, pour prévenir mon grand-père. C'était bien sûr une toute autre époque et il n'a alors pas hésité : ni une ni deux, il prend son fusil. Cachés dans une ferme, le canon passant entre les barreaux en bois, il tire, et le cormoran tombe au milieu de l'étang.

Je décide alors de tenter de ramener l'oiseau au bord avec ma canne, en essayant de l'accrocher à la cuillère. L'objectif était surtout de m'entraîner à lancer avec précision… Sauf que, quand on débute, la précision n'est pas toujours au rendez-vous. En ramenant ma cuillère après un lancer un peu court, je touche finalement un beau brochet. À l'époque, on ne savait même pas qu'il y avait des brochets dans cet étang : c'est comme ça qu'on l'a découvert et que j'ai été définitivement piqué par la passion de la pêche aux leurres.

Par la suite, toujours sur les traces de mon grand-père, j'ai commencé à pêcher la truite aux leurres chez moi, en Charente. Je pêchais surtout à vélo, sur un petit ruisseau de moins d'un mètre de large, sac à dos et canne à la main. J'y ai vécu certaines de mes plus belles pêches, et je pense que c'est là que j'ai le plus progressé. Il fallait lancer juste, proprement, et surtout faire le moins de bruit possible face à des poissons extrêmement sauvages.

En grandissant, je me suis mis à pêcher une grande rivière et une plus petite, non loin de chez moi. Mes parents me déposaient et revenaient me chercher. J'étais très souvent bredouille, mais à force de pêcher et surtout d'observer, j'ai appris à lire la rivière : les postes, les caches, les habitudes des truites. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à capturer mes premières belles truites farios.

Puis est arrivée la moto, et là, c'était la liberté totale. J'allais pêcher très régulièrement, souvent sur les mêmes rivières, tout en essayant d'en découvrir de nouvelles. Je cachais mon casque dans les feuilles ou dans des coins isolés pour pêcher sans contrainte.

Avec la voiture, les possibilités se sont encore élargies : d'autres départements, d'autres régions, d'autres eaux à explorer.

Je pêchais la truite, puis les carnassiers en hiver. Je grandissais, mais ma soif de pêche devenait de plus en plus envahissante : j'y allais presque tous les jours. Internet et les blogs se démocratisaient, et j'ai commencé à écrire quelques articles pour garder des souvenirs. Quand je relis ces textes aujourd'hui, ça me fait sourire.

Si je devais résumer cette période, c'était avant tout la pêche de la truite en rivière : une pêche d'observation, de discrétion et de patience, qui m'a énormément appris. Avec le temps, j'ai élargi ma pratique aux carnassiers, puis à la mer, en restant toujours curieux et en cherchant à comprendre le comportement du poisson.

L'évolution s'est faite naturellement : plus on pêche, plus on observe, et plus on progresse, souvent sans même s'en rendre compte.

Venons-en à Sico-Lure, comment tout ceci a-t-il commencé ?

En 2017, j'étais encore en études supérieures. À cette époque, lorsque je croisais des pêcheurs au bord de l'eau ou sur les réseaux sociaux, on me demandait régulièrement avec quoi je pêchais. J'ai toujours été un passionné de leurres, et plus particulièrement de leurres artisanaux. J'en possédais déjà une belle collection, constituée au fil du temps, par curiosité et par goût pour les produits bien pensés.

Un soir, avec un ami, j'ai décidé d'ouvrir un site internet pour proposer des leurres faits main qui me plaisaient réellement et que j'utilisais moi-même. C'est ainsi qu'est né sico-lure.com. J'ai commencé en sélectionnant quelques références que j'aimais, que j'achetais pour les revendre, mais aussi en développant mes propres coloris. Rapidement, j'ai également commencé à concevoir des poissons nageurs, pensés selon ma vision de la pêche, que je proposais directement sur le site.

Le projet a pris très rapidement. Chaque commande reçue était intégralement réinvestie afin d'élargir l'offre et d'améliorer les produits. Pendant deux ans, j'ai mené cette activité en parallèle de mes études et de mon alternance. Je faisais sans cesse des allers-retours entre Angoulême et Bordeaux, avec mon stock rangé dans une grande caisse dans le coffre de la voiture.

À la fin de mes études, la question de l'avenir s'est naturellement posée : continuer dans cette voie ou chercher un emploi plus classique ? Mon envie d'entreprendre a pris le dessus. En 2019, j'ai donc fermé la micro-entreprise pour créer une société, avec une idée claire en tête : travailler avec des professionnels et développer mes propres produits, conçus de A à Z à partir de mon expérience de pêcheur, mais aussi grâce aux échanges avec d'autres pêcheurs, des amis, des magasins spécialisés et ma famille.

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à concevoir le Sico First, décliné au départ en trois coloris. Je travaillais depuis un bureau aménagé chez mes parents et je démarchais mes premiers magasins. L'objectif est resté le même depuis le début : tout réinvestir pour développer de nouveaux produits et proposer toujours plus de choix cohérents aux pêcheurs.

Très rapidement, de nouveaux revendeurs m'ont fait confiance, malgré un nombre de références encore limité. Je leur en suis extrêmement reconnaissant, car sans eux, Sico-Lure ne serait clairement pas ce qu'elle est aujourd'hui. De fil en aiguille, la gamme s'est étoffée : nouveaux leurres, cannes, accessoires. J'ai ensuite accueilli des alternants, pris un premier local, puis changé de local à plusieurs reprises, tant le développement a été rapide et parfois même au-delà de ce que j'imaginais.

Et aujourd'hui, Sico-Lure, c'est quoi ?

Aujourd'hui, Sico-Lure, c'est une structure à taille humaine, portée par une équipe resserrée, très impliquée et avant tout passionnée. Deux personnes à temps plein, plus de 250 magasins partenaires en France, plusieurs revendeurs en Belgique, ainsi que des distributeurs en Italie, en Suisse et jusqu'en Australie.

La marque compte près de 300 références, historiquement orientées vers la pêche de la truite, mais également développées pour les carnassiers. En parallèle, une marque dédiée à la pêche en mer a vu le jour : Seaco Lure.

Depuis le début, l'objectif n'a jamais été de faire du volume à tout prix, mais de construire une identité forte, cohérente, et de conserver une réelle crédibilité technique auprès des pêcheurs.

Quel est le laps de temps entre l'idée d'un nouveau leurre et sa commercialisation ? Quelles sont les étapes importantes ?

En moyenne, il faut entre 12 et 24 mois entre l'idée initiale d'un leurre et sa mise sur le marché. C'est un processus long, durant lequel le produit évolue constamment. Entre le concept de départ et la version finale, de nombreux ajustements sont souvent nécessaires.

Les étapes clé de ce développement sont, pour moi :

  • L'observation, avec l'identification d'un besoin réel, à la fois sur l'eau et sur le marché
  • Le design et la conception technique
  • La réalisation des prototypes
  • Les tests en conditions réelles, sur différentes eaux
  • Les ajustements finaux : nage, densité, armement, finitions

Pour mener à bien ce travail, nous nous appuyons sur notre propre expérience, mais aussi sur celle de nos ambassadeurs, de pêcheurs passionnés et de magasins spécialisés. Chaque avis est bon à prendre : cette diversité de retours nous permet de remettre en question nos choix et d'aboutir à des produits plus cohérents et plus efficaces.

Quels sont tes 3 produits préférés de la gamme ?

C'est une question compliquée. J'aimerais répondre tous, mais je vais essayer de faire un choix :

Le Sico First, parce que c'est le leurre qui nous a fait connaître et qu'il reste aujourd'hui encore extrêmement efficace.

Le leurre souple Insecte, qui m'a permis de prendre énormément de poissons, et sur des espèces très variées.

La canne Héritage en 2–12 g, avec laquelle je prends énormément de plaisir. Elle m'accompagne les trois quarts du temps, que ce soit pour la truite ou d'autres pêches fines.

J'aimerais en citer beaucoup d'autres, mais c'est toujours délicat. Disons que si j'ai droit à un petit bonus, je rajoute notre metal jig en mer, qui m'a réservé de très belles surprises.

La gamme, initialement axée truite, s'est étoffée avec des produits carnassiers et mer. Comment imagines-tu la gamme Sico-Lure dans quelques années ?

Je vois une gamme encore plus cohérente, mais pas forcément plus large à tout prix.

L'idée est de continuer à développer des produits spécialisés, très aboutis, avec une vraie identité, aussi bien en eau douce qu'en mer.

Je tiens à ce que Sico-Lure reste une marque où chaque nouveauté a du sens, et non un simple catalogue sans âme. Certaines gammes vont être retravaillées pour être davantage en phase avec la pêche d'aujourd'hui.

À terme, j'imagine :

Une gamme truite plus étoffée, avec notamment des leurres de plus grande taille, qui nous manquent encore aujourd'hui.

Une véritable gamme carnassiers, avec des cannes dédiées et des leurres plus spécifiquement adaptés.

Une gamme mer renforcée, intégrant également des cannes et de nouveaux modèles, dont des poissons nageurs.

Avec cette aventure, es-tu toujours aussi passionné de pêche ?

Oui, clairement.

La pêche reste ma passion de toujours, et je ne pense pas que cela risque de ralentir. J'ai besoin d'être au bord de l'eau, dans la nature, au calme. L'envie est toujours là. Si ça ne tenait qu'à moi, je pêcherais tous les jours, et je ferais le tour de France des rivières.

Peux-tu nous révéler une ou deux surprises à venir pour cette nouvelle année ?

Je ne peux pas tout dévoiler, mais il y a déjà deux projets importants :

Nous travaillons depuis un an et demi sur un leurre souple pour le brochet, pensé pour être ultra polyvalent et efficace dès la sortie de boîte. Si tout se passe comme prévu, il doit voir le jour cette année et ce sera sans doute notre plus grosse nouveauté pour 2026.

Nous développons également notre canne truite la plus haut de gamme, baptisée Signature. Un modèle très abouti, destiné à la pêche de la truite, mais qui pourra aussi s'exprimer pleinement sur certaines pêches fines des carnassiers.

Merci beaucoup Baptiste pour le temps que tu m'as accordé et ces échanges. Je te souhaite plein de réussite pour tes projets à venir et bien sûr une excellente saison de pêche.

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