Paroles de guide 2 - G. Begard : "le tourisme pêche représente 700 millions d'euros en Irlande"

© Geoffray Begard

Pour ce deuxième épisode de "Paroles de guide" nous avons échangé avec Geoffray Begard, propriétaire des structures Voyage-Peche-Irlande.com et Patagonia-Fishing.com. Geoffray nous livre sa vision du métier de Guide de Pêche, nous parle du tourisme pêche, des antispécistes et de beaucoup d'autres sujets !

Salut Geoffray, merci pour le temps que tu nous accordes. Peux-tu commencer par te présenter rapidement ?

Geoffray Begard – Salut Julien, Je m'appelle Geoffray Begard, j'ai 38 ans, je suis propriétaire de la structure Voyage-Peche-Irlande.com et copropriétaire de Patagonia-Fishing.com. Je suis originaire de Lille. J'ai un cursus en aquaculture avec notamment un BTA (NDLR : équivalent du Bac Pro) et un BTS Aquacole. J'ai découvert la pêche grâce à mon père. Étant originaire du Nord, la pêche au coup, à l'anglaise et au Feeder était un passage obligé ! J'ai pêché la carpe pendant de longues années avant d'évoluer vers le carnassier et la pêche à la mouche au moment de mon BTS. J'ai également vécu pendant 7 ans en Irlande et vis actuellement en alternance entre l'Irlande et l'Auvergne.

Depuis combien de temps es-tu guide de pêche ?

Geoffray Begard – Et bien cela fait 15 ans maintenant que je suis Moniteur Guide de Pêche, depuis l'obtention de mon diplôme en 2005. Je suis également intervenant sur le BPJEPS pêche de loisir au centre de formation de Montmorot (NDLR : anciennement maison de la pêche d'Ornans).

Pourquoi être devenu guide de pêche ?

Geoffray Begard – Et bien je te renverrais la question « Pourquoi t'aimes la pêche ? » (rires). Je suis guide avant tout parce que je suis passionné de pêche, comme c'est le cas pour la grande majorité des guides. Tu ne peux pas passer autant de temps sur l'eau, quelles que soient les conditions météo si tu n'es pas passionné. La pêche est à la base de tout. Je suis arrivé à l'aquaculture via la pêche. J'ai ensuite eu des opportunités sur lesquelles j'ai rebondi. À l'époque de mon BTA, internet n'était absolument pas aussi développé que maintenant mais j'ai réussi à trouver des informations concernant l'existence de formation permettant de devenir Moniteur Guide de Pêche. Je me suis lancé, ne serait-ce que pour tenter ma chance. Je ne voulais pas me retourner à 50 ans en ayant des regrets. C'est une aubaine de faire de sa passion son métier mais il faut s'en donner les moyens. Par ailleurs, j'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont toujours soutenu dans mes démarches, tout comme ils ont soutenu mon frère qui, lui, est dans la musique. Avec le recul, et considérant la période que nous vivons, je suis heureux d'avoir fait ces choix.

Ambiance de Patagonie

Quels types de produits de guidage proposes-tu ?

Geoffray Begard – Je propose plusieurs types de produits dans trois pays différents.

Tout d'abord l'Irlande, destination pour laquelle je propose des prestations à la carte et où je m'occupe de tout hormis de l'aérien.  Mon créneau est la flexibilité. Tous les cas de figure sont possibles que ce soit en nombre de jours, entre pêcheurs, en couple, en famille, en pension complète ou en gîte, etc. Je propose uniquement des hébergements au bord de l'eau, de standards plutôt supérieurs afin d'offrir des prestations qualitatives tant au niveau de l'hébergement mais aussi du guidage, du matériel et du suivi halieutique. L'idée est bien sûr de se démarquer parmi l'importante offre de séjours de pêche en Irlande. Le principal intérêt de l'Irlande est que l'on retrouve la plupart des espèces que nous pêchons en France : brochet, truite, saumon atlantique et un peu de truite de mer. Je propose également de la pêche en mer pour le lieu jaune, le requin peau bleue et bien évidemment le thon rouge très présent dans la baie du Donegal avec des poissons de 150 kg minimum ! Ce sont des produits d'appel car nous ne guidons pas en mer, nous passons la main à des guides irlandais pour cela. L'autre chance de l'Irlande, c'est les irlandais ! Pour ceux qui les connaissent, ils savent que c'est le deuxième charme du pays ! Leur accueil, leur état d'esprit et leur bonne humeur font de cette destination un MUST pour les voyages de pêche !

Gros brochet irlandais
Gros brochet irlandais

Par ailleurs, depuis 2018, je me suis associé avec Jean Domange (qui fait partie des cinq guides qui travaillent avec moi en Irlande), pour ouvrir un camp de pêche en Patagonie Chilienne. Nous avons une approche totalement différente de l'offre « à la carte » proposée en Irlande. Dans le cas de la Patagonie nous proposons un format unique de séjour 10 jours/9 nuits sur place sur des dates figées. L'idée pour la Patagonie est de tirer le prix vers le bas en proposant un hébergement authentique et simple dans le but de se démarquer de l'offre de luxe majoritairement pratiquée pour ce type de séjour. Cela nous permet de proposer des séjours tout compris (incluant les vols que nos clients achètent eux-mêmes) à 3500€ environ contre 7000-8000€ pratiqués pour la clientèle américaine sur d'autres camps. L'esprit est différent, l'idée est de rendre accessible au plus grand nombre ce type de voyage. Les poissons que nous pêchons à la mouche et aux leurres sont exclusivement des poissons sauvages et le cadre, lui, est extraordinaire ! On retrouve de la truite Fario, de la truite Arc-en-ciel, du saumon Silver et la cerise sur le gâteau c'est le saumon King (ou « Chinook ») qui est un saumon du Pacifique connu pour être le plus gros saumon au monde (30kg pour les plus gros).

Superbe truite fario de Patagonie
Superbe truite fario de Patagonie

Enfin, je guide également en Auvergne mais cela reste pour l'instant ponctuel, principalement l'hiver, avec des prestations sur la pêche du brochet à la mouche, du sandre ou des initiations de pêche à la mouche en réservoir par exemple. La pêche en réservoir est souvent décriée mais c'est pour moi une très bonne manière d'apprendre la gestuelle mouche dans un environnement dégagé, multiplier les touches et donc s'entraîner aux ferrages, combats etc. C'est une première base et une bonne manière de se préparer pour les pêches en rivières. J'ai des projets importants qui arrivent pour l'Auvergne et plus largement pour les prestations en France, à suivre !

Sandre français prenant la pose le temps d'une photo
Sandre français prenant la pose le temps d'une photo

Qu'est-ce qu'être guide de pêche pour toi ?

Geoffray Begard – Au risque d'en décevoir beaucoup qui pensent qu'être Guide de Pêche c'est principalement aller à la pêche, je dirais que cette partie, qui existe bel et bien, vient seulement imager le métier. Tout d'abord pour pouvoir guider, il faudra au préalable bien communiquer et bien se vendre, le guidage est la finalité d'un processus de commercialisation. Je pense que la filière peu encore faire beaucoup de progrès à ce niveau.

Ensuite au bord de l'eau, deux éléments sont importants : la connaissance du terrain et la connaissance des techniques utilisées. Ensuite voir un bon relationnel, s'adapter à toutes catégories de clients ayant tous des attentes différentes, être pédagogue, régler des problématiques ou urgence, etc. Pour certains on apportera la connaissance du milieu et la technique, pour d'autres ça ne sera que le gain de temps via la connaissance de nos spots. Nous sommes dans le service, nous vendons notre temps contre du plaisir, des expériences, de la découverte. Nous sommes un peu des vecteurs de rêve. Pour finir, n'oublions pas l'aspect « chance » qui était, est et sera encore de la partie pour tous pêcheurs/guides, l'idée étant de la forcer au maximum.

Ambiance de guidage sur un lac irlandais
Ambiance de guidage sur un lac irlandais

Que fais-tu lorsque tu ne guides pas ? Tu en profites pour pêcher pour toi ?

Geoffray Begard – Déjà, lorsque je ne guide pas j'essaie au maximum de profiter de ma famille. J'ai de la chance d'avoir une compagne qui accepte de me voir partir régulièrement… De plus, nous sommes 3 depuis plus d'un an ! Côté pêche, en dehors du guidage je pêche principalement à la mouche et préfère limiter les sorties en choisissant des spots qualitatifs, quitte à faire de plus gros déplacements.

J'aime le coté saisonnier de mon activité. Il y a la saison des guidages et celle de la vente et des salons. Elles sont entièrement complémentaires et différentes à la fois, le changement de rythme est appréciable. Je suis content de ranger les bateaux fin octobre mais en mars, après tous les salons et les milliers de mail traités, il faut s'éloigner du PC et retourner sur l'eau. L'hiver, je fais énormément de mails, d'organisation de séjours impliquant réservations d'hébergement, de véhicule, la rédaction des carnets de voyage, le planning des guides, l'entretien du matériel. Être au bord de l'eau en guidage n'est finalement que la dernière étape du projet mis en place avec les clients.

Il y a désormais le Chili aussi, sachant que pour ce produit je suis davantage positionné sur la partie vente et mon associé, Jean, sur le guidage. Je fais une session d'un mois de guidage tous les deux ans.

Brochet français pris au Streamer
Brochet français pris au Streamer

Le regard sur le métier de Moniteur Guide de Pêche a-t-il évolué entre tes débuts et maintenant ?

Geoffray Begard – Le regard des clients envers l'activité des Guides de Pêche a changé, c'est indéniable. A l'époque, il y a 15 ans, il y avait beaucoup plus de clients qui consommaient des prestations pêche pour récupérer les bons spots des guides ou qui te demandaient des devis pour savoir quelle rivière tu pêchais, etc. Ce sont des choses qui existent toujours mais dans une moindre mesure. De plus en plus de pêcheurs sont conscients des avantages qu'il y a à prendre un guide, notamment quant au gain de temps. Ils sont beaucoup plus consommateurs de prestations pêche, bien plus demandeurs de notions techniques pour progresser dans leur propre pratique.

Quel regard portes-tu personnellement sur le guidage en France ?

Geoffray Begard – Je suis quelqu'un de plutôt optimiste donc si l'on doit voir le verre à moitié plein je dirais qu'il évolue dans le bon sens car l'offre s'étoffe, il y a bien plus de Guides de Pêche. La filière se professionnalise, elle est aujourd'hui bien mieux organisée, bien mieux représentée par la FFMGP (Fédération Française des Moniteurs Guides de Pêche) même s'il y a encore beaucoup de choses à améliorer. Si je dois voir le verre à moitié vide, je dirais qu'il y a trop de centres de formation, trop de Guides de Pêche qui en sortent tous les ans. Une problématique à laquelle nous sommes confrontés est la gestion de la ressource halieutique en France mais c'est un autre sujet ! Après nous pouvons nous poser la question : est-ce que les centaines de nouveaux diplômés en Boulangerie, BTP ou Comptabilité, par exemple, travailleront tous dans leur domaine de formation ? Non ! Je reste donc convaincu que la concurrence a du bon. Plus il y a de concurrence, plus les guides doivent se remettre en question et seules les meilleures prestations resteront dans le temps, quoi qu'il arrive…

Brochet irlandais
Brochet irlandais

Quels seraient les axes d'amélioration dans ce cas ?

Geoffray Begard – Même si la France est certainement le pays d'Europe en pointe sur la formation des Guides de Pêche, nous avons beaucoup à apprendre sur ce qui se passe au Canada ou aux Etats-Unis. Il devrait y avoir différents niveaux/degrés à ce BPJEPS pêche de loisir. Pour illustrer ce que je dis je peux prendre l'exemple des diplômes dans le Tennis ou le Ski (BEES ou Brevet d'état d'éducateur sportif). Certes, il s'agit de sports beaucoup plus anciens et où les moyens sont bien plus importants que dans la pêche, mais il y a bien un BEES 1er degré, 2ème degré… Il faudrait selon moi, rendre plus difficile l'obtention de ce BPJEPS pêche de loisir et/ou ajouter des échelons supplémentaires. N'oublions pas que notre filière est une niche. Tout le temps nécessaire au développement de notre métier (communication grand public, salons, représentation auprès des politiques, etc) n'est que du bénévolat ! C'est une vraie problématique de notre filière.

En parallèle, nous avons besoin d'une vraie gestion touristique de la pêche en France. Si la gestion de la pêche était pratiquée en France comme elle l'est en Irlande par exemple, la France deviendrait une vraie destination pêche. Nous en sommes qu'aux balbutiements.

Sandre du Salagou
Sandre du Salagou

Le tourisme pêche en France pourrait donc être un vrai sujet ?

Geoffray Begard – Bien sûr ! La France est le pays le plus visité au Monde, la manne touristique est là. La demande potentielle est donc bien réelle mais il n'y a pas d'offre ! Rares sont les sites internet de guide français traduits en anglais par exemple. Le réseau hydrographique français est pourtant monstrueux et très varié ! Le potentiel est énorme mais très peu mis en valeur et très largement sous-exploité… De plus, si les retombées financières du Tourisme Pêche étaient plus importantes, il serait plus facile de batailler contre ces nouvelles problématiques que sont les antispécistes et autres lobbies politiques voulant abolir la pêche de loisir ! Nous allons malheureusement y être de plus en plus exposés, à nous de préparer notre défense. Un autre vaste sujet !

Tu connais très bien la situation en Irlande qui est l'exemple type du pays d'Europe qui a créé une économie autour du tourisme pêche.

Geoffray Begard – Évidemment ! L'Irlande a mis en place une réglementation de la pêche afin de favoriser très largement l'économie liée au tourisme pêche depuis plus de 25 ans. C'est un pays 5 fois plus petit que la France, qui ne compte que 5 millions d'habitants et pourtant le tourisme pêche représente 700 millions d'euros de retombées chaque année et embauche 11 000 personnes ! (NDLR : Impact total de la pêche de loisir en eau douce en France est de 2 milliards € / an).

Par exemple, l'idée de la participation de la FNPF au Tour de France n'est pas mauvaise en soi puisqu'il s'agit d'un des évènements sportifs les plus médiatisés au monde ! J'imagine qu'un des buts est de donner une exposition internationale à la pêche en France et de communiquer auprès de l'audience étrangère. Néanmoins, les choses doivent être faites par ordre de priorité. L'argent engagé devrait d'abord servir à promouvoir la destination « Pêche en France » via des salons pêche à l'étranger (Angleterre, Allemagne, Benelux, voire outre-Atlantique…). C'est précisément ce que fait l'Irlande depuis longtemps.

Ambiance de pêche en Irlande
Ambiance de pêche en Irlande

Quel(s) conseil(s) aurais-tu à donner aux personnes qui souhaiteraient se lancer dans cette aventure ?

Geoffray Begard – Dans un premier temps, si l'on considère l'aspect technique, je dirais qu'il faut être polyvalent tout en gardant une spécialité. La polyvalence va te permettre de toucher à un éventail plus important de clients. Le deuxième conseil serait d'envisager dans un premier temps son activité de guidage comme une activité secondaire ou bien de voyager et de travailler comme guide au sein d'un camp de pêche. Ensuite, il est essentiel de bien travailler son projet professionnel en amont, d'élaborer un Business Plan solide, c'est-à-dire, cerner une saisonnalité, une clientèle-type, etc. Bien communiquer et savoir se vendre est fondamental également tout autant que savoir parler anglais. Enfin, il est important de correctement se positionner dans la filière locale en contactant les guides qui officient déjà dans la région où tu viens de t'installer par exemple plutôt que les présentations ne se fassent par hasard, au détour d'une session de guidage.

En tant que guide vous êtes en partie là pour faire rêver les gens, mais en tant que pêcheur quel est ton rêve ?

Geoffray Begard – Arf… Il y en a plein mais un truc me trotte dans la tête depuis un moment : aller pêcher le Dorado. Ah si, avant le Dorado il y a un autre truc complètement dingue qu'il faut absolument que je teste : pêcher le Requin Mako à la mouche. Regarde des vidéos, tu vas halluciner ! (rires)

Merci Geoffray !

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