Une semaine sur la rivière Delay, au bout du Québec habité

Pêcher le saumon au Canada
Pêcher le saumon au Canada © Mitik Nature et Aventure

Aux confins du Nunavik, la rivière Delay offre bien plus qu'un séjour de pêche : une immersion totale dans un territoire brut, isolé, où le saumon atlantique partage la scène avec le silence, les grands espaces et l'expérience rare d'un Québec hors du monde.

Une nature sauvage

Il y a un moment, en vol vers Kuujjuaq, où le paysage cesse d'être lisible. La forêt boréale s'éclaircit, les routes disparaissent, les lacs se multiplient au point de ne plus avoir de nom. Le commandant annonce la descente. À la sortie de l'avion, on comprend que ce qu'on appelle « le Québec » depuis la vallée du Saint-Laurent n'est qu'une frange habitée d'un territoire dont la majeure partie est à peu près vide.

C'est de là que commence le vrai voyage. Un Twin Otter privé décolle de Kuujjuaq, met un peu plus d'une heure plein ouest, et se pose sur une piste de terre qui ne figure sur aucune carte routière. À quelques centaines de mètres, le camp. Autour, la rivière Delay : large, puissante, longue de plusieurs centaines de kilomètres, qui finit par rejoindre la baie d'Ungava bien plus au nord.

Rivière à saumon

La Delay est l'une des rivières à saumon les plus productives du Québec. Un pêcheur peut y prendre en moyenne deux saumons atlantiques par jour, de 5 à 12 livres ; les prises de plus de 18 livres ne sont pas rares. La rivière nourrit aussi la truite mouchetée indigène, le brochet, le touladi. Mais ce qui frappe avant tout, ce n'est pas la productivité : c'est l'isolement. Le camp est totalement coupé. Pas de route. Pas de village. Le silence, dès qu'on coupe le moteur du canoë, devient un personnage à part entière.

Le rythme s'installe vite. Lever vers 8 h, petit déjeuner solide, départ avec un guide local et un compagnon de pêche dans des canoës de bois de six à sept mètres. Le guide choisit le secteur selon la hauteur de l'eau et la météo. Certains postes se prennent au milieu du courant, d'autres depuis la berge avec de l'eau jusqu'aux genoux.

Le lancer à la mouche, vu de loin, semble simple ; en pratique il se mérite. Les deux premiers jours, on accroche les arbustes, on pose la mouche à deux mètres devant soi, on jure à voix basse. Le troisième, le geste s'étire. Le quatrième, on couvre une portion de rivière utile.

Le combat avec un saumon ne ressemble à rien d'autre. Ça tire. Très fort. Le poisson saute hors de l'eau, parfois plusieurs fois ; il faut alterner entre moulinage et laisser-filer, garder les pieds dans le fond, résister au courant, durer.

Mon premier a duré une quinzaine de minutes et une dizaine de sauts avant que l'épuisette ne glisse sous lui. La photo est rapide. La remise à l'eau face au courant est lente. On regarde le poisson reprendre des forces et repartir, et l'on comprend qu'on vient de croiser un animal qui a parcouru, dans sa vie, plusieurs milliers de kilomètres entre l'océan et cette rivière natale.

L'envie de revenir

Le soir, au camp, on échange. Avec les compagnons de pêche. Avec les guides, qui connaissent chaque fosse. Avec Paul Ostiguy, qui opère le camp via Expéditions North et connaît le Nunavik comme peu d'autres. Dans un environnement aussi reculé, la qualité humaine de l'équipe fait autant pour la qualité du séjour que les saumons eux-mêmes.

Ce qu'on retient, en repartant ? L'envie de revenir. Pour les aurores boréales. Pour la migration des caribous, qui traverse le camp par centaines. Pour aller plus loin, peut-être : la Delay rejoint Kuujjuaq par 150 kilomètres d'eau, et l'idée de descendre la rivière reste, depuis, comme un projet à organiser un jour.

Un voyage extraordinaire.
Un voyage extraordinaire.

Pour les voyageurs européens en quête d'espaces authentiques, la rivière Delay représente l'une des expériences les plus rares au Canada. Mitik Nature et Aventure accompagne la préparation de ces séjours, qu'il s'agisse de pêche, de chasse ou d'immersion en territoire nordique.

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