Un bonheur simple
Ces périodes de décrue sont rarement propices pour le moucheur. Les poissons ont profité de la montée des eaux pour s'alimenter et ne sont alors plus en recherche de nourriture. Mais comme j'aime le répéter : quelles que soient les conditions, il y a toujours un poisson à prendre. De plus, pouvoir se promener une canne à la main après cette longue trêve suffit à mon bonheur. C'est le printemps, la nature se colore, les oiseaux chantent, la rivière est magnifique. Un poisson ne serait que la cerise sur le gâteau.
Pour qu'un poisson sorte ou soit en poste, il faut du calme et quelques insectes. En cette période d'ouverture, le meilleur moyen de trouver le calme est de s'éloigner le plus possible des parkings. Et pour espérer trouver quelques insectes, les parties avales des cours d'eau qui se réchauffent plus vite sont donc plus favorables. Par contre secteur aval, ne rime pas du tout avec forte densité de poissons.
Je prévois deux sorties et cible le créneau de 10 h à 14 h qui en début de saison me semble le plus propice. J'espère secrètement quelques insectes et pourquoi pas un gobage, mais c'est une nymphe qui est nouée à ma pointe alors que je remonte la rivière. Je peux ainsi être très réactif si j'aperçois un poisson en mouvement. Et si, par bonheur, j'aperçois un gobage, c'est généralement qu'un poisson est en poste. J'ai donc dans ce cas tout le temps nécessaire pour troquer ma nymphe contre une sèche.
Si j'ai passé une agréable journée au bord de l'eau en cette première sortie de l'année, ma nymphe n'a malheureusement pas quitté l'accroche mouche. Je me suis régalé avec les cincles, les martins-pêcheurs, les traces de castors, mais je n'ai pas vu le moindre poisson.

Un gros poisson
Le lendemain est ma dernière chance de la semaine. Aux environs des 10 h, je suis au bord de l'eau, canne en main et lunettes polarisantes sur le nez. J'aurais plus de chance puisque je repère assez vite une forme, disons suspecte, sur une gravière. Le courant n'y est pas puissant, mais il y a des ondulations en surface qui m'empêchent de voir parfaitement. Comme souvent, dans ces moments, on alterne entre certitude et gros doute. A force de scruter, il m'est déjà arrivé d'être persuadé de voir bouger ce qui, au final, s'était révélé être une branche ! Le mieux en cas de doute est donc de tenter le coup. Ce qui est sûr, c'est que si c'est bien un poisson devant moi, c'est gros. Mais ca fait maintenant plus de 10 minutes que je l'observe sans voir le moindre mouvement.
Comme je distingue mal, l'idée est de faire passer la nymphe pas trop proche du poisson afin que je puisse voir distinctement son écart. Ma pheasant tail tête orange en 14 lestée de 5 tours sera parfaite. Elle passera au dessus du supposé poisson et me permettra de le voir monter et d'ajuster mon ferrage.Je n'ai pas trop de pression, n'étant pas persuadé du tout d'avoir vraiment une truite face à moi.
Le premier lancer est plutôt pas mal. Je surveille ma dérive, mais rien ne se passe. J'attends un peu, puis dépose ma nymphe un peu plus en amont pour le second passage. Au moment où ma nymphe arrive au dessus de la masse, je vois celle-ci monter, c'est bien une truite ! Je ne peux pas voir la prise de la nymphe, et c'est un peu au feeling que je ferre. Ma canne se cintre et je vois la truite se contorsionner de manière ample comme le font les gros poissons. Je suis très content à ce moment d'avoir une longue pointe toute neuve en 16/100. Par chance, la zone est assez dégagée et après un joli combat la truite va finir à l'épuisette. Et quelle truite magnifique !

Incroyable, c'est mon deuxième lancer et je viens peut être de prendre ce qui sera mon plus gros poisson de la saison.
La nymphe est bien piquée, le tiemco 100 SPBL n'a pas bougé

Cette beauté repart rapidement dans son élément et je m'assois afin de prendre le temps de savourer le moment que je viens de vivre. Je ne verrai pas d'autres poissons ce jour-là, mais j'avoue que ma concentration n'était plus aussi soutenue. Un seul poisson en deux jours donc, mais il m'a comblé et je n'en demandais pas plus, m'estimant être suffisamment gâté.
Il me suit encore quelques jours après alors que j'écris ces lignes à côté de mon poêle à bois et que les averses de grêle se succèdent. Je revois cette masse monter, je revis cet instant magique de la prise de contact au moment du ferrage sans trop savoir si la nymphe a été prise, je revis ce combat et surtout, je revois cette beauté incroyable. Je me souviendrai longtemps de ce premier poisson de la saison.

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