Maurice Genevoix (1890-1980)
Pour certains d'entre nous, ce nom évoque une rue, pour les plus jeunes parfois le nom d'un lycée ou d'un collège, pour d'autres enfin, il s'agit d'un grand nom de la littérature. Cet homme de lettres et académicien est connu pour ses romans dans lesquels il évoque la nature avec une certaine poésie : Raboliot par exemple. Par ailleurs, il est aussi l'auteur de roman sur la Première Guerre Mondiale à laquelle il a participé. Le recueil de ses carnets de notes lorsqu'il était dans les tranchées, intitulé Ceux de 14, est un témoignage important des combats et des conditions de vie sur le front.
Pêche et littérature
Mais pourquoi parler de cet auteur sur peche.com ? Tout simplement parce que Maurice Genevoix est, selon Jean Marcel Dubos, un auteur halieutique contemporain, un écrivain qui a mêlé la pêche et la littérature en France. Pour cet auteur : « En occident, deux grands écrivains ont contribué à l'élévation du statut de la pêche, Genevoix en France et Hemingway aux Etats Unis ». Maurice Genevoix est incontestablement un auteur qui a mélangé le lyrisme de la poésie et la beauté de la pêche. Dans son opus intitulé La boite à pêche, publié en 1926, il n'y a point de pêche aux leurres, de carbone et de fluorocarbone. Il s'agit plutôt de bambous et de soies qui composent les lignes. Des choses simples. L'auteur décrit la pêche à la ligne sur les bords de la Loire. Les quatre premiers chapitres portent les noms de poissons : ablettes, gardons, chevesnes, brochets.

Ce roman est en quelque sorte celui de sa jeunesse ainsi que celle du héros, son alter-ego le jeune héros Bailleul. Il rêve et pêche avec son ami Janneret. C'est Najard, un vagabond qui va les accompagner et leur faire découvrir la pêche à la ligne. Genevoix nous conte des récits de pêche de ces personnages avec une certaine touche de poésie. Ici, il est question de convivialité de la pêche. Toutes les phrases sont ciselées, habilement choisies pour faire ressortir toute la poésie que lui inspire cette passion pour le monde halieutique.
Tout d'abord le passage durant lequel Najard évoque la pêche du brochet devant un Bailleul ébahi : « Il faut aller au-devant du brochet, le chercher, comme je vous disais : un poisson mort à l'hameçon, une gaule avec des anneaux en porcelaine, très larges, vingt mètres de bonne soie tressées, ou trente, ou quarante, et hop là, vous lancez. Vous lancez près ou loin, partout où vous pensez qu'il peut y avoir « du monde »; vous ramenez votre poisson mort, vous le promenez dans tous les coins, attaché de manière qu'il paraisse frétiller; vous allez au-devant du brochet, vous comprenez ? Vous le cherchez, faut bien que je vous le redise, au lieu de l'attendre sur place. Et voilà la pêche ! Il n'y a pas d'autres pêches du brochet... »
Plus loin dans « En douce », l'auteur décrit la pêche des chevesnes. « Alors, dans une trouée, il insinuait sa canne à pêche, hasardait un pas, puis un autre, jusqu'à découvrir devant lui une éclaircie d'eau libre friselant sur un lit de cailloux. Il adorait ces coulées transparentes, tièdes et fraîches ensemble aux regards, par la couleur du fond dorée comme une croûte de pain, par la vivacité minérale de l'eau. […] L'eau coulait d'un flux insensible, sans une vaguelette, sans une ride. Mais on reconnaissait qu'elle coulait aux nageoires des petits chevesnes, à leur nez courts, fraternellement tendus vers l'amont [...] Il (Bailleul) n'était pas pressé, résolu à ne risquer sa chance que pour un personnage qui en valu la peine […] Les lèvres presque closes, il traduit en paroles retenues, en joyeuses onomatopées, le rythme de ses captures : « Chut !...c'est la mouche qui se pose. Wouf !... Toc!...Et hop ! Au suivant »

Lorsque l'on lit ces passages on peut s'imaginer au bord de la Loire avec Bailleul en train de regarder les chevesnes. Je ne vous en dis pas plus sur cet ouvrage, vous laissant ainsi le choix de l'acheter ou bien de l'emprunter ou de le feuilleter dans votre bibliothèque favorite. Une dernière chose me tient à cœur, rappeler la note de la première page signée par l'auteur : A l'Internationale des pêcheurs à la ligne. Ce livre est donc un hommage à tous les pêcheurs à la ligne peu importe, leurs origines, leurs classes sociales ou l'endroit où ils se situent sur le globe. Vive la littérature en attendant l'ouverture.
Bibliographie des ouvrages cités:
Maurice Genevoix, Ceux de 14, Point Seuil, Paris, 1996.
Maurice Genevoix, La boîte à pêche, Les cahiers rouges, Grasset, Paris, 2005.
Maurice Genevoix, Raboliot, Le livre de poche, Paris, 1961.
Jean-Marcel Dubos, Le Bonheur de la pêche, Borneman, Sang de la terre, 2001.

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