Souvenir de pêche / Un gros brochet pour couronner une journée et le plaisir de partager une pêche avec des amis

Bien souvent la réussite d’une sortie tient a peu de choses et particulièrement avec notre ami Esox Lucius. Je considère ce poisson finalement comme un des plus lunatiques et sensibles à de nombreuses variables. S’il est toujours possible de berner quelques poissons à droite à gauche dans des lieux peu pêchés, l’activité du brochet dépend considérablement des conditions climatiques : température, vent, pression atmosphérique sont autant de variables qui influent directement sur l’appétit de ce poisson.

J’ai vécu à maintes reprises ses moments où la pêche se joue en quelques dizaines de minutes et c’est pourquoi je sais maintenant que lorsque l’on traque le brochet il faut rester concentré et assidu tout au long de la sortie, car un facteur, parfois non identifiable, peut transformer un capot magistral en une sortie mémorable.

Il s’agit là d’une de mes dernières, si ce n’est la dernière, sortie de pêche au brochet en région parisienne avant que je vienne m’installer en Bretagne, il y a maintenant 5 ans. J’ai fait d’autres très gros brochets, dont un autre qui m’a particulièrement marqué, mais celui ci reste mémorable compte tenu du déroulement de la journée.

Changement de stratégie

Nous sommes donc début mai, rendez vous est pris avec Thibault pour une sortie broc sur un plan d’eau que nous connaissons parfaitement. Pour l’occasion j’avais demandé à Thibault, émérite pêcheur à la mouche ( émérite pêcheur tout court ! ), de me confectionner un streamer pour pêcher en spinning.

Compte tenu de nos contraintes respectives nous avons 5 heures de pêche devant nous. Le temps est assez changeant, du soleil avec des passages nuageux et de la pluie prévue en journée…

Attendant Thibault pour gonfler les floats tubes, je fais quelques lancers dans les herbiers en bordure et décide un jack bien agressif.

Notre stratégie, à savoir, pêcher les plages et les zones shallows que nous savons productives à cette période, ne tiendra que peu de temps… Des carpistes pêchant la rive opposée à celle où ils sont basés, nous barrent la route… Le repli  stratégique vers les zones profondes  pour les contourner est donc inéluctable. Nous pêcherons donc les rives boisées et les quelques cassures pour essayer de dénicher quelques pikes coopératifs

Une pêche compliquée

La pêche s’avérera rapidement être bien compliquée et de mauvaises augures pour la journée. Thibault enregistre un suivi et je ferais un autre jack bien combatif avec le fameux streamer auquel j’ai décidé de consacrer ma matinée. Même si la journée en reste là, je serais satisfait, je me serais employé à découvrir et appliquer une nouvelle technique, mais cette sortie ne resterait qu’anecdotique. A la pause déjeuner, malgré les nombreux essais de leurres et de configurations de spot nous n’avons fait bouger aucun autre brochet.

Le déluge et la frénésie

Nous cherchons des explications et des solutions, mais au fond de nous, nous savons parfaitement que les brocs sont calés, et si rien ne vient déclencher l’activité le bilan restera aussi maigre !

Il est 13h30, nous prospectons une bordure de roselière et le vent commence à forcir et le ciel à s’assombrir. De l’activité apparaît en surface… Le déluge commence et très rapidement, j’enregistre un suivi et fait un nouveau jack au buster 2, mais le vent et la pluie étant si fort, je décide d’aller prospecter la zone du bord. Le temps que j’arrive, en à peine 10 minutes et autant de lancers, Thibault met 4 brochets au sec et me rejoins sur la rive. La baignoire venait de se transformer en pisciculture en l’espace de quelques minutes.

La pluie et le vent cessent aussi vite qu’ils sont arrivés et nous repartons en flot tube… L’inactivité avait repris et le calme plat régnait de nouveau sur et sous l’eau! Incroyable, en l’espace de 20 minutes, nous étions passé d’une consternante apathie à la frénésie pour revenir au marasme le plus total.

Nous avons désormais bien compris que si les mêmes conditions météorologiques ne se reproduisaient pas nous ne rentrerions aucun autre poisson avant la fin de la pêche.

Au large sur la cassure

Le ciel s’assombrit enfin à nouveau et à mesure que le nuage se rapproche, l’activité en surface recommence. Je dis à Thibault que j’ai vu pas mal de sauts plus au large et que je serai bien étonné qu’il n’y ait pas un gros en marge de cette effervescence… Nul autre pavé qu’un dexter shad de 25 cm colori pike ne pouvait alors prendre place au bout de ma ligne…

La pluie recommence, le vent redouble et alors que je continue ma récupération lente et linéaire je me me fais arrêter net… J’envoie un ferrage aussi brutal que le stop que je viens de prendre, et au premier rush je me fais tracter sur 2 mètres et j’annonce de suite à Thibault que j’ai affaire à un sérieux client ! Rapidement un coup de queue en surface et une gueule béante me feront annoncer sans nul doute que c’est métré ! Thibault se rapproche pour assister à la scène et de mon côté je me dirige vers la rive tout en contrôlant les rushs de ce magnifique combattant.

Le poisson monte plusieurs fois en surface, on s’extasie alors devant sa longueur, mais surtout à la vue de sa largeur… Les pronostics sur sa taille vont bon train et grandissent au fur et à mesure que nous contemplons ce poisson qui peu à peu montre des signes de fatigue et se laisse glisser jusqu’au float tube.

Le plaisr d'une émotion partagée

Ce jour là, c’est avec Thibault que je partage toutes ces émotions. Nous voilà maintenant sur la rive, le trophée dans les bras, il ne reste plus qu’à prendre les mesures et immortaliser ces instants. Les centimètres défilent un à un, plus que nous l’espérions et surtout bien plus que ne pouvait nous laisser envisager cette journée jusque là bien morose… 114 cm sur la toise !

Les clichés sont rapidement pris pour pouvoir relâcher cette femelle dans les meilleures conditions. Quelques secondes de réoxygénation  pendant lesquels nous profitons une dernière fois de ses couleurs, de ses mensurations et de sa tête massive qui force le respect… Et ce trophée glisse lentement quelques mètres plus loin pour se caler et lui aussi retrouver ses esprits.

Ce fut mon dernier lancer de la journée ; nul besoin de remettre un leurre à l’eau après ça ! C’est donc sous un grand et radieux soleil que, le matériel chargé dans la voiture, je prends la route du retour… 1h plus tard, je passe un coup de fil à Thibault après avoir vu le ciel se couvrir à nouveau :

- « Alors l’activité à repris ? »

- « Oui ! Plus petit tout de même, 105, mais large ! »

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