Pêche en Amérique du Sud : Hommage aux guides de pêche boliviens

Pêcher en Bolivie
Pêcher en Bolivie © Augustin Beirnaert

En Bolivie, dans la jungle comme sur l Altiplano, je n avance jamais seul. Rolando, Tono, Delfin, Chueco, Pato, Rene. Ils marchent a mes cotes, mais toujours avec une attention que je n ai pas. Leur savoir ne s'explique pas, il se vit dans un geste, un silence, une attente. Cet article n est pas un récit d exploits, mais un hommage a ceux qui m accompagnent, aux peuples aymaras, mojenos, mosetenes, guaranis, tsimanes, baures, sans qui mes expéditions seraient simplement impossibles.

Yungas boliviennes et rites de passage

Nous sommes au cœur des Yungas boliviennes, sur le territoire tsimane. Chueco, Delfin et Pato sont nos guides pour ce voyage. Pato a emmené avec lui son fils, Jason, âgé de sept ou huit ans. Nous sommes partis à la recherche d'une rivière à dorados : le río Tumbo.

Il faut deux jours de marche pour l'atteindre, à travers une jungle si dense que je me perds en quelques pas. La forêt est presque impénétrable. Pour avancer, nous suivons les coulées laissées par l'anta (le tapir). Cet animal imposant ouvre de véritables tunnels dans la végétation, les seuls passages possibles dans ce chaos vert.

Le deuxième jour, nous atteignons le sommet d'une sierra. Il ne nous reste plus que quelques heures de marche avant d'arriver à la rivière. C'est le premier voyage de Jason. À un moment, le père et le fils s'arrêtent au pied d'un arbre gigantesque, sur lequel de nombreux noms sont gravés. Depuis des générations, les Tsimane conduisent leurs enfants au pied de cet arbre précis, comme un rite de passage.

Après deux jours et près de 20 heures de marche dans la jungle, après avoir chassé et choisi un endroit adéquat pour dormir sous la canopée, Jason a gagné le droit d'inscrire son nom sur cet arbre millénaire, en signe d'appartenance à son peuple.

Sans eux, nous ne serions jamais arrivés à cette rivière, et probablement jamais sortis de cette jungle. Ils possèdent une connaissance exceptionnelle de ce milieu : ils sont capables de suivre des animaux que nous ne parvenons même pas à deviner dans la canopée, éviter le passage des fourmis qui détruisent tout sur leur route. Ils ne nous permettent pas seulement de pêcher sur leur territoire, mais aussi de vivre correctement dans cet environnement hostile, où chaque erreur peut être la dernière.

Toño et les eaux du Chaco

Le Chaco est une jungle sèche, avec un relief relativement bas. C'est un environnement semi-aride où la vie est rude. Toño est un indigène guaraní : plus qu'un guide, c'est un ami qui m'a permis de découvrir cette région sauvage de Bolivie.

Avant chaque séance de pêche, il commence toujours par demander la permission à l'esprit de la rivière. Il creuse un petit trou sur la berge, y dépose quelques feuilles de coca, verse un peu de chicha (alcool local à base de maïs ou de manioc), et y ajoute diverses offrandes : chocolat ou autres sucreries. Enfin, il allume une cigarette qu'il laisse se consumer dans le trou. Lorsque la cigarette est entièrement consumée, nous pouvons commencer la pêche.

Toño connaît chaque rivière comme sa poche. Il sait toujours localiser les poissons selon la saison, du niveau de l'eau ou de la migration des sábalo. Il a toujours la petite astuce pour attraper quelque chose, même lorsque tout semble calme et immobile.

Rolando et les pampas en danger

Rolando est l'un des derniers Baures : son peuple est presque éteint, et il semble voué à disparaître. Il vit dans les vastes pampas du nord de la Bolivie, et chaque jour, il observe, impuissant, son environnement se dégrader un peu plus. Les terres sauvages sur lesquelles il a grandi se transforment en pâturages, et les capybaras, ñandus et autres animaux sauvages sont peu à peu remplacés par les vaches.

Rolando est un homme d'une simplicité et d'une gentillesse rares. Il aime profondément son environnement et se réjouit de le faire découvrir à ceux qui l'accompagnent. Il veille toujours au bien-être des voyageurs et s'assure de répondre à leurs attentes. Il connaît sa rivière comme personne : nous avons navigué des nuits entières sur ses eaux, et il m'a fait vivre des moments inoubliables au cœur de sa jungle.

Victor et les hautes montagnes andines

La cordillère des Andes est l'une des régions les plus hostiles de la planète. Les températures peuvent chuter en dessous de -20 °C à certains endroits, l'oxygène se fait rare, et pourtant la vie y foisonne par endroits.

Victor est Aymara : tantôt berger, tantôt guide de haute montagne pour des touristes en quête d'aventure. Il possède une endurance exceptionnelle et connaît parfaitement les vallées où il a grandi. Alors que nous marchons à plus de 4 000 mètres d'altitude, il me parle des différentes plantes qui nous entourent, celles qui sont comestibles et celles qui servent de remède à divers maux. Il évoque aussi ses rencontres avec uma sanka, le très rare ours andin, qui vient parfois goûter le sel qu'il laisse pour ses lamas.

Avec Victor, nous avons marché des journées entières dans les montagnes, passé des nuits à la belle étoile, et attrapé des centaines de truites. Il m'a révélé les secrets de ses vallées, m'a fait découvrir sa culture et m'a permis de partager sa vie de berger, simple et admirable.

Hommage à tous mes guides

Il me faudrait bien des pages pour pouvoir remercier et rendre hommage à toutes ces personnes exceptionnelles qui m'accompagnent dans mes expéditions. Sans eux, je ne pourrais rien faire. Sans leur connaissance, sans leur ouverture d'esprit, sans leur compréhension, sans leur envie de partager, sans leur force physique, tout cela serait impossible.

J'ai un profond respect pour chacun d'eux : pour ceux que j'ai déjà cités, mais aussi pour tous ceux que je ne pourrais pas remercier ici. Derrière chaque voyage de pêche, ils sont là, rendant chaque expédition possible.

Alors, à mes amis, j'espère que nous pourrons encore partager ensemble de nombreux moments exceptionnels, et que tous ces lieux magnifiques resteront protégés le plus longtemps possible.

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