Interview / Romain Le Bouffo : ”Fiiish travaille sur de nombreux axes de développement”

© Romain Le Bouffo

Pêche.com a souhaité savoir ce que certaines marques avaient à dire en cette période de confinement. Pour un premier échange nous avons contacté l'entreprise française Fiiish. Romain Le Bouffo, Responsable Communication de la société, nous raconte l'histoire de Fiiish au passé, au présent et au futur.

Bonjour Romain, ravi de pourvoir échanger avec toi. Peux-tu tout d'abord présenter la société Fiiish aux lecteurs de Pêche.com ?

Romain Le Bouffo – Bonjour et merci pour cette invitation !

Fiiish, qui fête ses 10 ans cette année, est une marque qui s'est faite connaître grâce au fameux Black Minnow ! Nous sommes une entreprise française, dirigée par Matthieu Guennal qui est à la fois créateur du Black Minnow, co-créateur de la marque Fiiish et Designer produits. La société, basée à Brest, est composée d'une vingtaine d'employés répartis en plusieurs services.

En 10 ans nous avons développé un savoir-faire sur la création de leurres, de l'idée jusqu'à la mise sur le marché. Nous avons tout appris au fur et à mesure des années.

Notre situation géographique à la pointe Bretagne nous aide grandement à renforcer notre expérience. Nos idées naissent de la présence du grand large, de l'accès aux courants les plus puissants d'Europe, de la rencontre de la Manche et de l'Atlantique. Ce sont tous ces éléments qui alimentent nos idées et renforcent nos tests.

Peux-tu nous parler de la création de la société Fiiish, nous expliquer comment tout a commencé ?

Romain Le Bouffo – L'histoire a débuté il y a 10 ans, près de Quimper, dans le garage de Matthieu Guennal. Matthieu travaillait alors activement sur la conception d'un leurre souple pour pêcher le bar. Son travail aboutira sur la réalisation du désormais célèbre Black Minnow !

De tous les tests que Matthieu a effectués c'est celui qui s'est avéré être le plus efficace. Son imitation avec une sardine est tellement naturelle. Encore aujourd'hui, on sent qu'il y a quelque chose de magique dans les proportions, la composition des formes, la fluidité de la nage.

Matthieu Guennal et un superbe bar pris sur un Black Minnow

A l'époque plusieurs pêcheurs ont voulu lui acheter ce fameux leurre avec lequel il pêchait, mais qu'il gardait secret. Cela lui mit la puce à l'oreille et il profita alors du fait que son frère, Pierre Guennal, vivait en Chine et parlait couramment le chinois, pour lui demander de faire des recherches de fournisseurs.

Malheureusement ils rencontreront des difficultés à vendre leurs produits par manque de notoriété. De plus, ils ont dû faire face à la réticence des magasins vis-à-vis du concept d'armement avec hameçon texan et de son système d'attache particulier.

Par la suite, ils décident de créer un site internet qui leur a permis d'écouler leur stock de manière sporadique jusqu'au jour où, un magasin de pêche du Finistère, à qui ils avaient envoyé des produits, a décidé d'en commander une centaine d'exemplaires tant le leurre avait séduit ! L'information s'est rapidement diffusée sur toute la côte du Finistère et au-delà. C'est surtout l'efficacité du Black Minnow face aux leurres de l'époque qui a fait mouche et également sa facilité d'utilisation.

Par ailleurs, les compétitions ont également permis de faire connaître l'entreprise puisque une équipe, composée de Matthieu Guennal et Jeremy Sergent, était engagée pendant deux ans sur le Labrax Tour. Cela a permis de mettre en lumière ces deux pêcheurs techniciens.

Maigre pris sur un Black Minnow

Et puis il y a eu la fameuse édition 2011 du Salon de la pêche en mer de Nantes...

Romain Le Bouffo – Oui ! En 2011, Fiiish obtient le trophée de l'innovation au salon de Nantes et la situation prend une ampleur incroyable à ce moment-là : 50 magasins du littoral nous ont par la suite ouvert leur porte ! Nous avons également fait entrer des distributeurs européens pour structurer la diffusion européenne et particulièrement vers l'Italie, l'Espagne et la Grèce.

Vos produits sont-ils toujours fabriqués en Chine ?

Romain Le Bouffo – Oui, Fiiish ne s'est jamais caché de faire fabriquer en Chine. Néanmoins, nous accordons énormément d'importance à nos fournisseurs et dès le début nous avions la volonté de suivre rigoureusement les différentes phases de production et de mettre en place un contrôle qualité très strict. La mise en œuvre de cela fut largement facilitée par la présence de Pierre sur place. Puisque Pierre parle couramment chinois cela facilite une relation constante avec nos fournisseurs. Nous avons pu créer des liens de confiance forts et ainsi leur montrer qu'ils étaient une composante importante de notre projet. Par ailleurs, les chinois ont maintenant beaucoup d'expérience, mais également la machinerie et le savoir-faire. On ne retrouve désormais plus l'ensemble de ces trois composantes en Europe actuellement, malheureusement…

Pour l'anecdote, nous avons mis tellement de rigueur dans la prospection de nos futurs fournisseurs, et cela dans le but de sélectionner les meilleurs, que certains, qui n'étaient absolument pas connus des grandes marques jusqu'alors, fabriquent désormais pour certaines.

Ceci étant dit, je tiens tout de même à préciser que l'assemblage de nos leurres est entièrement réalisé à Brest et ses alentours, et que les hameçons qui arment nos leurres sont fabriqués par VMC en France et conditionnés en France.

De notre côté, nous avons acquis au fil des années un savoir-faire sur le travail effectué par nos fournisseurs qui nous aide grandement à créer des produits qualitatifs. Ils ont de leur côté acquis l'exigence des marques européennes et ont pu ainsi augmenter leur qualité de production.

Superbe perche leurrée au Mud Digger

Pierre Guennal est revenu en France depuis quelques temps. Comment gérez-vous cette nouvelle situation ?

Romain Le Bouffo – Pierre étant effectivement revenu habiter en France, nous compensons son absence sur place par de fréquents voyages en Chine. Nous nous y rendons 3 à 4 fois par an pour une durée de 15 jours environ à chaque fois.

Romain Le Bouffo présentant deux coloris de Black Eel

Quelle était la réalité de Fiiish avant la crise que nous vivons et subissons tous ?

Romain Le Bouffo – Fiiish va bien et est toujours en progression. Les dernières années ont fait l'objet d'une optimisation de nos processus interne. Nous sommes actuellement en période de transition et nous essayons de passer un cap vers l'international.

Puisque vous entretenez des liens étroits avec la Chine, n'aviez-vous pas perçu certains signaux ?

Romain Le Bouffo – Si, dès les mois de décembre et janvier via les difficultés d'approvisionnement que nous rencontrions, mais nous étions loin d'imaginer la situation qui a suivi... Par chance, nous avons réussi à faire parvenir une grosse partie de la production de Black Minnow avant le Nouvel An chinois.

Gros bar pris au Power Tail

Le catalogue Fiiish n'est pas le plus fourni du marché ce qui donne l'impression que vous vous focalisez sur l'essentiel et misez davantage sur la qualité que sur la quantité. Je me trompe ?

Romain Le Bouffo – Non, mais nous avons tout de même fait des erreurs ! (rires) Même si le Black Minnow représente toujours une grosse partie de notre chiffre d'affaire, l'intérêt des pêcheurs pour la plupart de nos produits s'explique en deux mots, je pense : passion et réactivité. Nous passons énormément de temps au bord de l'eau et au contact des pêcheurs. Cela nous permet à la fois de tester des choses, de découvrir des besoins et de percevoir des tendances. De plus, notre labo de Recherche et Développement (R&D) est sur place, ce qui nous permet d'être très réactif quant aux améliorations à apporter aux produits en développement. La R&D travaille en moyenne sur une douzaine de projets en même temps si bien qu'ils s'alimentent les uns les autres.

Le Crazy Sand Eel a séduit ce bar

Par ailleurs, nous attaquons le marché par espèce. Le Black Minnow est initialement développé pour le bar, le Power Tail pour la truite, le Mudd Digger pour le sandre, etc.

Toutes ces précisions pour dire qu'un produit est abouti lorsqu'il arrive sur le marché.

Votre image de marque est très travaillée et vous semblez pouvoir jouer assez librement avec, non ?

Romain Le Bouffo – Effectivement. L'état d'esprit de Fiiish est très influencé par les disciplines outdoor comme le Skate, le Surf ou le Kite. Nous avons réussi à créer une image de marque assez souple donc on en profite. Cela ne nous pose aucun problème que le logo Fiiish, qui est bleu actuellement, soit rose demain ! Nous avions d'ailleurs un bateau rose fluo sur le Barracuda Tour ! (rires) Nous avons cette liberté de ne pas être forcément garant d'une image de marque policée.

Les deux bateaux Fiiish sur le Barracuda Tour en 2019

Comment vivez-vous le confinement ?

Romain Le Bouffo – Nous avons fermé l'entreprise et sommes tous confinés chez nous depuis le début. Nous continuons de communiquer auprès de notre communauté afin de garder le contact et, en fonction des services, nous pouvons travailler quelques heures par jour. Nous nous concentrons surtout sur le futur.

La R&D est le département qui reste le plus actif en poursuivant un projet tourné vers l'éco-conception entamé il y a quelques années. Cette notion d'éco-conception a pour vocation de devenir la nouvelle philosophie de l'entreprise. Nous sommes notamment impliqués dans la conception de cannes recyclables et avons, pour ce faire, formé un groupe de recherche avec un fabricant de mâts de planche à voile basé dans le Morbihan qui poursuit le même objectif que nous à savoir : fabriquer du recyclable.

Cette notion d'éco-conception dans le milieu de la pêche n'est pas nouvelle en soi, mais vous aimeriez qu'elle s'étende plus largement si je comprends bien ?

Romain Le Bouffo – Effectivement, l'idée en elle-même n'est pas nouvelle dans la pêche puisque d'autres marques avaient déjà emprunté cette voie, notamment en ce qui concerne les leurres souples. Seulement, il est maintenant urgent de prendre cette direction. Il est évident qu'à terme nous ne pourrons plus lancer ni plomb, ni plastique dans l'eau…Nous avons réellement pour objectif que l'éco-conception finisse par représenter 100% de la R&D.

Et comment voyez-vous l'après confinement ?

Romain Le Bouffo – C'est la grande inconnue… Il est certain que des choses vont changer, que ce soit dans notre organisation et notre façon de travailler. Nous allons continuer nos développements de produits et accentuer nos efforts sur certains projets.

A chaque fois qu'il y a eu des crises, il est une chose qui ne s'effrite pas : la passion. C'est notre ingrédient principal pour affronter la crise.

Auriez-vous un message à faire passer ?

Romain Le Bouffo – Il faut soutenir les entreprises françaises, car nous avons un savoir-faire ! Il faut soutenir les détaillants. Acheter un leurre français, c'est renforcer la recherche et l'innovation que nous possédons sur notre territoire !

La France est un vivier de pêcheurs exceptionnels. Nous n'avons pas moins d'idées ou de compétences que les américains ou les japonais. Il n'y a aucune raison que la France ne puisse pas créer de produits. Il faut soutenir l'innovation et la créativité française si l'on veut un jour espérer produire un leurre 100% français !

D'ailleurs, pour aller plus loin dans notre volonté de production française, s'il y a des personnes qui ont des idées, des compétences en production de leurres, même si c'est dans leur garage, allons de l'avant, qu'ils viennent nous voir !

Et puis évidemment, et ce sera le mot de la fin, il est important de rappeler qu'il faut préserver la ressource.

Fiiish n' release !

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